LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Kérouané s’est réveillée sous haute tension ce lundi 17 novembre 2025. Plusieurs organisations — l’Union des entrepreneurs, le syndicat des transporteurs et le collectif des étudiants diplômés — ont convergé dans les rues pour exprimer un mécontentement devenu impossible à contenir.

Leur cible : les modalités d’exploitation du mégaprojet Simandou, ainsi que les pratiques de WCS et Rio Tinto dans l’attribution des marchés et le recrutement local.
« Nous ne voyons rien de ce projet » : le cri d’une population oubliée
Pour les manifestants, les retombées de Simandou restent quasi invisibles, alors même que Kérouané figure parmi les zones directement concernées.

Mamadi Sangaré, citoyen de la localité, explique que la grogne ne cesse de monter face à la dégradation continue des services essentiels :
manque d’eau potable,
électricité instable,
routes impraticables,
recrutements perçus comme opaques et discriminatoires.

Malgré l’ampleur de la mobilisation, aucun incident majeur n’a été enregistré.
« Il n’y a ni morts ni blessés. On parle d’une trentaine d’arrestations, mais la manifestation n’était dirigée ni contre le préfet, ni contre le maire, ni contre le président. Elle visait exclusivement ces entreprises », précise Mamadi Sangaré.
Entrepreneurs locaux marginalisés et accusations de corruption
Les griefs sont nombreux. Les entrepreneurs de Kérouané dénoncent leur mise à l’écart totale des marchés liés au projet :
« Aucun marché ne nous est attribué. Tout vient de l’extérieur, alors que nous sommes les premiers impactés », regrettent-ils.
Le quota de 30 % d’emplois réservés aux locaux serait lui aussi systématiquement contourné.
Plus grave encore, de fortes suspicions de corruption alimentent la colère :
« Aujourd’hui, il faut débourser 6 à 7 millions de francs pour espérer être recruté. Les citoyens ordinaires n’en ont pas les moyens. »
Des négociations au point mort
Malgré des discussions engagées depuis le lancement du projet, les avancées sont jugées trop faibles et trop lentes par les communautés locales.
Cette manifestation marque un nouveau signe d’alarme : tant que les populations de Kérouané ne verront pas d’améliorations concrètes dans leur quotidien et un respect réel du contenu local, Simandou restera pour elles moins un symbole de développement qu’une source d’injustice et de frustration.
Les prochains jours diront si les acteurs du projet choisissent enfin d’écouter ou de laisser la colère enfler.

Alseny Philip Denkè Condé pour le www.gbaiakandjamana.org



