La majorité des pistes rurales en Guinée se trouvent aujourd’hui dans un état de dégradation très avancé. C’est une réalité préoccupante que nous devons reconnaître, malgré les efforts consentis depuis l’avènement du 5 septembre 2021.
Parcourir une distance pourtant courte de 30 à 40 kilomètres sur ces routes relève souvent du parcours du combattant. Des heures sont nécessaires pour atteindre certaines localités comme Bardou à Kissidougou, Banfélet ou les zones enclavées de Dinguiraye.
Au-delà de la fatigue physique, ces déplacements entraînent une usure prématurée des engins et exposent les usagers à de nombreux risques. Les accidents sont fréquents sur ces pistes, et même les petites artères au centre de certains villages sont devenues impraticables, sous le regard impuissant ou indifférent des autorités locales. Aucune initiative concrète n’est engagée, alors même que l’ampleur des travaux à réaliser reste parfois modeste.
Pourtant, dans un passé récent, nos communautés savaient s’organiser autour des travaux d’intérêt public, communément appelés « Parti Bara ». Grâce à cette dynamique communautaire, de nombreux villages ont pu construire des écoles, des centres et postes de santé, des centres d’accueil, et même aménager des pistes rurales.
Aujourd’hui, force est de constater que ces initiatives tendent à disparaître progressivement de nos communautés.Cette situation interpelle. Elle nous oblige à questionner la responsabilité de certains acteurs politiques qui, lors des campagnes électorales, préfèrent s’attaquer aux régimes en place plutôt que de présenter des programmes de société crédibles. Pire, certains vont jusqu’à dissuader les populations villageoises de participer aux travaux communautaires, au motif que ces actions relèveraient exclusivement du rôle régalien de l’État.
À cela s’ajoute le manque d’initiative et de créativité de certaines autorités locales, qui se contentent trop souvent d’exécuter les instructions hiérarchiques, sans jouer pleinement leur rôle de leadership et d’accompagnement des communautés vers le développement local. Or, les communautés constituent la pierre angulaire du développement local. Elles sont la base sur laquelle reposent les initiatives durables. Elles participent à l’identification des priorités, mobilisent la main-d’œuvre, les ressources financières, matérielles et humaines, et surtout développent un sentiment d’appropriation indispensable à la réussite de tout projet de développement.

Réhabiliter l’esprit communautaire, encourager la participation citoyenne et responsabiliser les autorités locales sont aujourd’hui des impératifs si nous voulons sortir durablement nos zones rurales de l’enclavement.
Par Moussa TOURÉ



