.À Boké, la décision de la Direction préfectorale de l’Éducation de frapper fort après la diffusion de vidéos impliquant cinq lycéennes des établissements Lycée N’Dama et Lycée Mohamed VI se veut exemplaire.
Exclusion nationale temporaire, réintégration conditionnelle, remplacement d’une équipe d’encadrement, campagne de sensibilisation : l’État montre qu’il entend préserver l’image et la discipline de l’école guinéenne.

Le message est clair. Mais la question demeure : l’exclusion est-elle une réponse éducative ou un aveu d’impuissance ?
Une école qui exclut totalement, même temporairement, reconnaît en creux qu’elle ne sait pas gérer autrement la crise. Or l’éducation ne se limite pas à protéger une réputation ; elle consiste à accompagner des jeunes en construction, parfois en faute, souvent influencés par un environnement qu’ils ne maîtrisent pas.
On pointe du doigt les parents. On évoque leur démission. Pourtant, ces parents sont le produit de la même société, du même système éducatif, des mêmes fragilités économiques et culturelles. Une génération qui a grandi entre modèles importés et repères traditionnels affaiblis ne peut transmettre avec assurance ce qu’elle-même n’a pas solidement intégré.
Depuis les indépendances, nos politiques éducatives ont largement reproduit des schémas venus d’ailleurs. Programmes, campagnes, discours moraux : beaucoup d’éléments ont été copiés, parfois financés de l’extérieur, rarement profondément adaptés à nos réalités locales. Résultat : un système qui sanctionne au nom de valeurs qu’il peine parfois à expliquer et à incarner.
Certains invoqueront la “modernité” pour justifier les dérives. Mais la modernité n’est pas uniforme. Elle n’a pas le même effet partout. Là où l’identité culturelle est assumée et structurée, elle s’intègre. Là où l’identité est fragilisée, elle déstabilise.
Le débat dépasse donc ces cinq élèves. Il interroge la capacité de notre école à former des esprits responsables plutôt qu’à imposer des interdits. Il interroge la cohérence entre les valeurs proclamées et la réalité sociale vécue par les jeunes.
Sanctionner peut être nécessaire.
Humilier ou exclure durablement n’éduque pas toujours.
Si l’école devient un espace où l’on écarte ceux qui dévient au lieu de les redresser, elle risque de perdre sa mission fondamentale : préparer des citoyens capables de comprendre le monde, pas seulement de le craindre.
L’affaire de Boké ne devrait pas seulement servir d’exemple disciplinaire. Elle devrait ouvrir un débat national sur la réforme en profondeur de notre système éducatif : son contenu, sa méthode, son ancrage culturel et sa capacité réelle à accompagner la jeunesse guinéenne face aux défis contemporains.
Car une nation ne se construit pas en excluant ses enfants, mais en les formant.

par Cheick Sekou Berthe Journaliste .



