La quatrième journée des audiences criminelles au Tribunal de première instance de Siguiri, ce jeudi 26 février 2026, a été marquée par l’examen d’un dossier dramatique opposant deux coépouses, sur fond de tensions familiales.

À la barre, Oumou Hawa Diallo, 30 ans, née à Dabola et résidant à Sèkè Tombogo, mère de quatre enfants, est poursuivie pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, faits survenus le 21 octobre 2024 à Tombogo et ayant coûté la vie à sa coépouse, Adama Diallo.
Face au tribunal, l’accusée a reconnu avoir porté le coup de couteau, tout en contestant toute intention homicide. Dans une déclaration détaillée, elle a expliqué le contexte ayant conduit au drame. Selon elle, les tensions ont débuté après un incident impliquant les enfants des deux femmes.
Elle a relaté qu’après être rentrée de la mine, elle s’était rendu compte avoir oublié sa torche.
Elle a alors laissé son téléphone en charge dans leur bar-café avant de ressortir. Pendant ce temps, une dispute aurait éclaté entre les enfants, l’enfant de sa coépouse frappant le sien, âgé d’un an.
Elle affirme avoir reproché à sa coépouse son attitude, ce qui aurait déclenché une altercation entre les deux femmes, avant l’intervention de leur mari pour les séparer.
Selon son témoignage, les tensions ont continué jusque tard dans la nuit, avec des insultes réciproques.
Le lendemain matin, après le départ de son mari, elle s’est rendue récupérer son téléphone au café et une nouvelle dispute aurait éclaté avec sa coépouse.
« Elle m’a mal parlé et m’a encore insultée. Je n’ai pas pu me retenir. J’ai pris le couteau et je l’ai percée. Je reconnais l’avoir blessée, mais je ne voulais pas la tuer », a-t-elle déclaré devant la cour.
Elle a également affirmé que leurs relations étaient devenues difficiles depuis l’arrivée de la coépouse dans le foyer, évoquant un manque d’attention de son mari et des menaces antérieures avec des armes blanches lors de disputes. Elle soutient avoir agi sous l’effet de la colère et non par jalousie.
Très émue, l’accusée a exprimé des regrets : « Depuis ma détention, je n’ai pas de nouvelles de mes enfants. Je demande pardon à la famille de la défunte, à mon mari et au tribunal. Je ne suis pas venue dans l’intention de la tuer. »
Dans une déclaration écrite de son mari, Amadou Diallo, datée du 27 février 2025 et lue à l’audience par le procureur, celui-ci évoque des relations conflictuelles persistantes entre les deux femmes, allant jusqu’à des menaces antérieures de l’accusée envers sa coépouse.
Il a également exprimé son désarroi face à la situation familiale : « J’ai perdu une femme et l’autre est en détention aujourd’hui. »
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé qu’il s’agit d’un drame familial consécutif à un conflit entre coépouses, rappelant que l’accusée a reconnu les faits depuis l’enquête préliminaire.
Le parquet a demandé au tribunal de la déclarer coupable et a requis cinq ans de réclusion criminelle, considérant qu’aucune excuse ne pouvait être retenue.
La défense, pour sa part, a plaidé la clémence, mettant en avant les regrets exprimés par l’accusée, son statut de mère de famille et le temps déjà passé en détention provisoire depuis le 24 octobre 2024.
L’avocat a sollicité une décision favorable à sa réinsertion sociale et à la stabilité du foyer.
À l’issue des débats, le tribunal a renvoyé l’affaire au lundi 3 mars 2026 pour le délibéré.
En attendant la décision du tribunal, cette affaire illustre une nouvelle fois comment des conflits domestiques, lorsqu’ils dégénèrent, peuvent conduire à des drames irréversibles, laissant derrière eux des familles profondément fragilisées.

Siguuri/ Alseny Philip Denkè Condé pour le www Gbaikandjamana.org



