La crise de liquidité qui frappe la Guinée depuis plusieurs mois continue de se faire sentir sur le terrain. Bien que certaines autorités estiment que la situation s’améliore, la réalité observée dans plusieurs villes du pays montre le contraire.
Dans les kiosques de retrait et de transfert d’argent, ainsi que dans certaines banques, les difficultés d’accès au cash persistent.
Pour de nombreux citoyens, retirer de l’argent est devenu un véritable parcours de combattant. Les files d’attente s’allongent et il faut souvent faire preuve d’une grande patience avant de pouvoir effectuer un retrait.

Invité dans l’émission Grand Angle de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), le conseiller à la Primature, Dr Alhassane Makanéra Kaké, s’est exprimé sur les causes de cette situation. Selon lui, l’État avait auparavant des réserves financières importantes.
« On avait des réserves jusqu’à hauteur de 5 000 milliards de francs guinéens. Ces réserves ont été récupérées par l’État sous forme d’emprunts. Aujourd’hui, on est en train de les reconstituer. Mais si les réserves ne peuvent pas couvrir la demande mensuelle de retrait d’argent, il y a forcément un problème. Si on a 5 et qu’on demande 25, on ne peut pas faire face à la situation », a-t-il expliqué.
Face à cette crise, l’économiste propose une solution à court terme qui pourrait susciter le débat : la création monétaire basée sur des prévisions scientifiques.
« Les banques peuvent remonter l’ensemble des demandes de sortie journalière et mensuelle. Cela permettra d’avoir une idée claire du volume de retraits sur tout le territoire national. À partir de ces données, on peut faire une prévision de création monétaire sur trois ou six mois pour faire face aux demandes de retrait. C’est une solution à court terme », a-t-il déclaré.
Toutefois, Dr Makanéra estime que la véritable solution doit passer par des réformes profondes de la gestion des finances publiques. Il dénonce notamment la manière dont certains contrats et emprunts sont conclus en Guinée.
« On s’endette n’importe comment. On crée de l’argent sur le dos de l’État sans contrôle. Dans près de 90 % des contrats signés en Guinée, il y a des intérêts privés attachés. Les prix ne sont pas contrôlés et cela ouvre la porte à de nombreux abus », a-t-il déploré.
L’économiste pointe également du doigt les pratiques de corruption et le manque de responsabilité dans la gestion des ressources publiques.
« Le Guinéen préfère parfois faire perdre 10 milliards à la Guinée pour gagner 100 millions pour lui-même. Nous participons nous-mêmes à la corruption pour avoir de l’argent. Il faut responsabiliser les acteurs et sécuriser les finances publiques. Il n’y a pas d’alternative », a-t-il affirmé.
Pour Dr Makanéra Kaké, la sortie de cette crise passe nécessairement par la lutte contre le gaspillage budgétaire, qu’il juge quotidien dans la gestion des finances publiques.
« Si on veut sortir de cette crise, il faut arrêter le gaspillage budgétaire. En Guinée, tous les jours, il y a un gaspillage des ressources de l’État », a-t-il conclu.

Amadou Djogo
pour Gbainkanadjamana.org



