.À quelques jours seulement de l’Eid El-Fitr, marquant la fin du mois saint de Ramadan, l’effervescence habituelle peine encore à se faire sentir dans plusieurs salons de coiffure de la capitale guinéenne.
Alors que cette fête constitue l’un des moments les plus importants pour la communauté musulmane, période durant laquelle chacun cherche à se faire beau et à offrir un peu de joie à sa famille, de nombreux professionnels de la coiffure disent vivre une situation inhabituelle cette année : l’absence presque totale de clientèle.
Notre rédaction, à travers l’un de ses reporters, s’est intéressée à cette réalité dans plusieurs quartiers de Conakry. Sur le terrain, le constat est le même : les salons sont ouverts, les coiffeuses et coiffeurs sont prêts, mais les clients se font rares.

À Yimbaya Permanence, Fatoumata Camara, coiffeuse, affiche son inquiétude :
« Nous nous préparons très bien ici, mais il n’y a pas d’affluence au niveau des clients. Depuis que nous avons ouvert notre salon le 25e jour du Ramadan jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu la première cliente. D’habitude, nous avons des clientes à cette période, mais cette fois-ci, nous ne savons pas ce qui se passe. Certainement, c’est le problème de liquidité, parce qu’à l’heure actuelle, l’argent est dans les comptes. Si tu as 100 000 francs, pour retirer cela, il faut le faire en tranches de 25 000 par 25 000 », a-t-elle expliqué.

Même son de cloche chez Mariame Camara, également coiffeuse, qui dit ne pas reconnaître l’ambiance des préparatifs cette année :
« Vraiment, nous ne comprenons rien cette année concernant les préparatifs de la fête. Nous avons l’habitude de commencer à travailler sérieusement à partir du 20e jour du Ramadan, mais cette fois, il n’y a pas d’argent, pas de clients… il n’y a rien », déplore-t-elle.
Pour Rouguiatou Keïra, la différence avec les années précédentes est frappante :
« Cette fête est totalement différente des précédentes. Il reste seulement quelques jours avant la célébration, le salon est ouvert, mais nous ne voyons personne. Pourtant, nous devons payer le courant, l’eau, l’impôt… mais nous ne travaillons pas. Cela devient vraiment compliqué pour nous. Il y a un manque de cash dans le pays, et nous ne voyons même pas de clients. C’est ça le vrai problème », a-t-elle lancé.
Du côté des salons pour hommes, le constat n’est pas non plus très reluisant.

À Matoto, Oumar Diallo, gérant d’un salon de coiffure, garde néanmoins espoir :
« Pour le moment, il n’y a pas tellement d’affluence. Néanmoins, nous attendons les clients pour mieux les accueillir. Nous espérons quand même une amélioration d’ici la fête. Je demande aux jeunes d’avoir le courage de venir travailler avec nous pour au moins satisfaire leurs besoins », a-t-il indiqué.
Si l’engouement lié à l’Eid El-Fitr reste perceptible dans certains foyers, un facteur semble freiner l’élan festif dans plusieurs secteurs d’activité : la rareté des billets de banque dans la circulation monétaire, qui affecte directement les petits commerces et les activités de proximité.
À Conakry, à mesure que l’Eid El-Fitr approche, les miroirs sont prêts, les tondeuses branchées et les tresses déjà imaginées… mais sans clients, les salons de coiffure attendent encore que la fête commence réellement.
Derrière les sourires de circonstance, c’est toute une profession qui espère que les derniers jours du Ramadan ramèneront enfin ce qui manque le plus cette année : les clients… et surtout le cash.

Ahmadou Djodjo pour le www.Gbaikandjamana.org



