À l’approche de la fête de l’Aïd El Fitr, marquant la fin du mois saint de Ramadan, la ville de Dabola vibre au rythme des préparatifs. Mais cette année, l’effervescence festive est teintée d’une amertume économique : le prix du kilogramme de viande a connu une hausse brutale, passant de 40 000 GNF à 50 000 GNF. Un bond de 10 000 GNF qui n’empêche pourtant pas les boucheries d’être littéralement prises d’assaut.
Entre le vrombissement des motos et les appels à la prière, un autre bruit domine les marchés : le choc des couperets sur les billots de bois. Dans les principales boucheries de la commune urbaine, le décor est le même depuis l’aube : des files d’attente interminables de pères et mères de famille, plusieurs billets de francs guinéens à la main, attendant patiemment leur tour sous un soleil de plomb.

« C’est devenu une habitude malheureuse, déplore une mère de famille » précise une ménagère rencontrée devant une étale au centre-ville. « On se prive de tout pendant le mois de jeûne, et au moment de célébrer, les prix s’envolent. 10 000 GNF d’augmentation sur un kilo, quand on a une famille nombreuse, c’est un énorme trou dans le budget de la fête. »
Pourtant, malgré ce coût élevé pour le panier de la ménagère, la demande ne faiblit pas. Pour beaucoup, passer la fête sans viande est impensable. Les bouchers, de leur côté, justifient cette hausse par la rareté du bétail et l’augmentation des frais de transport depuis les zones d’élevage.

« Nous ne faisons pas cela pour nuire aux clients », se défend un boucher influent du marché central. « Les bêtes coûtent cher en brousse, et les propriétaires savent que c’est la période de forte demande. Nous subissons nous aussi la loi du marché. »
Face à cette situation, beaucoup appellent à une meilleure régulation des prix par les autorités locales de la chambre de commerce pour éviter que chaque fête ne devienne un calvaire financier pour les plus démunis.En attendant, les files d’attente ne désemplissent pas.

À Dabola, cette année, la fête se savourera avec un goût de sacrifice financier, mais avec la même ferveur inébranlable.
Dabola, Baba Alimou Banire Diallo pour gbaikandiamana.org
Tel : 626 52 00 04.




