L’opération de déguerpissement engagée par les autorités se poursuit à Conakry. Présentée comme une réponse au désordre urbain et à l’encombrement des principales artères de la capitale, cette campagne vise à libérer les emprises publiques afin de fluidifier la circulation. Mais sur le terrain, le constat reste contrasté.

Dans la matinée de ce lundi 23 mars, les engins de déguerpissement ont investi Madina Avaria, une zone réputée pour ses occupations anarchiques. Sur place, plusieurs tables et installations de fortune ont été retirées du bord de la chaussée, sous le regard impuissant de leurs propriétaires.
Parmi les voix qui se sont élevées, celle de la présidente des femmes du marché Avaria Niger, visiblement éprouvée par la situation, a particulièrement retenu l’attention.

Entre résignation, foi et fidélité aux autorités, elle a exprimé toute la détresse des commerçantes :
« C’est difficile. Nous venons ici pour chercher de quoi nourrir nos familles. Ils détruisent notre marché à chaque fois. Mais nous ne nous opposerons jamais aux autorités. Nous restons derrière notre président Mamadi Doumbouya. Nous nous remettons à la volonté divine. Qu’Allah nous rende justice. »
Un témoignage poignant qui illustre le dilemme auquel sont confrontées de nombreuses femmes vendeuses : d’un côté, la nécessité de remettre de l’ordre dans la ville ; de l’autre, la survie quotidienne de milliers de familles qui dépendent du petit commerce informel.
Si l’objectif affiché par les autorités est clair, la question de fond demeure entière : comment réorganiser l’espace public sans aggraver la précarité de celles et ceux qui y tirent leur subsistance ?
Au-delà des pelleteuses et des discours officiels, le déguerpissement de Madina rappelle une réalité incontournable : on ne peut pas assainir durablement une ville sans proposer des alternatives viables à ceux qui y vivent du commerce de rue.
L’ordre urbain ne sera véritablement efficace que s’il s’accompagne d’une réponse sociale à la hauteur de la détresse des plus vulnérables.

Amadou Djogo pour le www.Gbaikandjamana.org



