Transféré d’urgence à la suite d’un malaise survenu à la maison d’arrêt de Coyah, l’ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, le commandant Aboubacar “Toumba” Diakité, est décédé dans la nuit du mercredi 25 mars 2026 à l’hôpital militaire du camp Samory, où il recevait des soins depuis le 23 mars.

L’annonce de sa disparition a plongé sa famille dans une profonde douleur. Entre tristesse, recueillement et émotion, les proches de l’ex-officier peinent encore à réaliser la perte de celui qui, malgré son statut de détenu, continuait, selon les siens, à nourrir des ambitions pour la Guinée.

Au micro de notre reporter, un membre de sa famille – présenté comme son frère – a livré un témoignage bouleversant sur les derniers échanges qu’il a eus avec le désormais célèbre pensionnaire de la maison d’arrêt de Coyah.
« Il avait une très belle ambition pour ce pays. Et nous, il nous a enseigné cela. Il disait que tout ce qui arrive à l’être humain est voulu par Dieu. Dieu a donné, Dieu a repris », a-t-il confié, visiblement ému.
Selon ce proche, le commandant Toumba considérait même son incarcération comme une épreuve spirituelle porteuse de sens.
« Il me disait que si Dieu l’avait envoyé à Coyah, c’était certainement pour qu’il puisse aussi changer d’autres personnes avec lui. Il disait : “Je suis devenu aujourd’hui imam ici.” Il m’a confié ce message alors qu’il était à la maison centrale de Coyah », a-t-il ajouté.
Au-delà de la détention, son frère affirme que le commandant Toumba restait profondément préoccupé par l’avenir du pays, en particulier celui de la jeunesse guinéenne.
« Il était animé d’une très grande volonté pour le pays. Il était très inquiet pour la jeunesse. Tout le temps, il me disait : “Regarde comment la jeunesse est tombée dans la perversité, comment elle est partie de côté. Quel est l’avenir de ce pays ?” C’était son souci quotidien, nuit et jour », a-t-il témoigné.
Autre révélation marquante de ce témoignage : malgré son parcours controversé, l’ancien militaire appelait régulièrement ses proches à prier pour le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya.
« Il disait toujours de prier pour le président Mamadi Doumbouya. Il disait : “Mamadi est jeune, il ne faut pas lui en vouloir. Il faut prier pour lui. C’est le chef du pays ; s’il sombre, c’est tout le monde qui sombre avec lui.”
Il nous appelait souvent à ce message-là », a rapporté son frère.
Sur le plan sanitaire, la famille rappelle que l’état de santé du commandant Toumba était préoccupant depuis plusieurs années.
Selon ce témoignage, il souffrait depuis environ sept ans d’une hernie de la ligne blanche, une pathologie qu’il avait déjà évoquée publiquement, notamment lors de son procès.
« Tout le monde sait qu’il était malade depuis sept ans. Il souffrait d’une hernie de la ligne blanche. Il a demandé de l’aide à tout le monde. Il est sorti devant tout le monde, lors du procès, pour expliquer sa situation », a-t-il souligné.
Toujours selon la famille, ses avocats s’étaient récemment rendus à la maison centrale pour s’enquérir de son état de santé, et des examens médicaux avaient été effectués.
« Ces derniers temps, les avocats sont partis à la maison centrale pour s’enquérir de sa situation. Ils ont fait des examens. Effectivement, cela a été publié, les médias sont au courant. C’est ainsi que Dieu a voulu qu’il parte », a conclu son frère.

Une disparition qui ravive les débats
Le décès du commandant Aboubacar “Toumba” Diakité, figure majeure et controversée de l’histoire politico-militaire récente de la Guinée, intervient dans un contexte déjà chargé d’émotion autour du procès du 28 septembre 2009.
Sa disparition risque de raviver les interrogations sur la prise en charge sanitaire des détenus, mais aussi sur l’héritage contrasté qu’il laisse dans l’opinion.
Entre douleur familiale, témoignages spirituels et interrogations sur ses dernières conditions de détention, la mort du commandant Toumba referme brutalement une page sensible de l’histoire récente de la Guinée, tout en laissant derrière elle de nombreuses zones d’émotion et de débat.

Amadou Djogo pour www.Gbaikandiamana.org



