À Balato, localité relevant de la sous-préfecture de Bouré Kintinia, dans la préfecture de Siguiri, la colère monte.

Au cœur des dénonciations : la destruction avancée de la rivière Kourouda, présentée par les habitants comme la dernière source d’eau essentielle pour le village et les troupeaux, désormais gravement menacée par des activités d’exploitation minière artisanale menées à l’aide de dragues, concasseurs et autres engins lourds.

Sur place, plusieurs habitants pointent du doigt le bureau du district, qu’ils accusent d’avoir facilité l’installation d’orpailleurs, notamment des ressortissants burkinabè, sur des zones sensibles situées le long du cours d’eau.

Parmi les voix les plus critiques, Makandjan Eldji Camara, jeune leader du district de Balato, tire la sonnette d’alarme. Il dénonce ce qu’il qualifie de destruction méthodique de l’environnement local, au détriment des populations et du bétail.
« Nous sommes le long de notre rivière appelée Kourouda. Ici à Balato, il n’y a presque plus de rivière, tout est détruit par les activités d’exploitation artisanale de l’or. C’est la seule rivière qui restait pour tout le village. C’est ici que nos troupeaux venaient boire. Quand j’ai appris que le bureau du district avait installé des exploitants artisanaux burkinabè avec des machines appelées dragues, cela m’a profondément choqué. »

Selon lui, la zone était autrefois recouverte de forêt, aujourd’hui presque entièrement ravagée.
« Avant, il y avait de la forêt tout le long de cette rivière. Aujourd’hui, tout a été détruit. Mon combat, c’est de voir Balato progresser dans tous les domaines, pas de voir le district détruit. Si la jeunesse de Balato me soutient, c’est parce qu’elle croit en ma vision : le développement de Balato. Mais aujourd’hui, le bureau du district a complètement détruit l’environnement de Balato. Nous n’avons presque plus de rivière. Tout a été saccagé avec les concasseurs et les dragues. »

Le jeune leader s’inquiète également de l’usage de produits chimiques, notamment le mercure, dans les opérations d’orpaillage.
« Les Burkinabè qui travaillent ici utilisent du mercure et d’autres produits. Nos troupeaux n’ont plus où boire. Notre souhait est de protéger notre environnement et de faire en sorte que les revenus générés ici servent réellement au développement du village. Normalement, avec l’argent qui entre à Balato, si c’était bien géré, nous pourrions réaliser beaucoup de choses sans attendre l’État. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Nous interpellons les autorités à tous les niveaux pour venir constater la réalité sur le terrain. »

Même inquiétude chez les éleveurs. Karimé Camara, résident de Balato, explique que la rivière Kourouda représentait l’unique point d’abreuvement du bétail dans cette partie du district.
« C’était notre unique rivière, celle où nous amenions nos troupeaux pour les faire boire. Les sages de Balato n’ont jamais accepté que les pelles mécaniques travaillent ici. Pourtant, le bureau du district aurait négocié avec des orpailleurs burkinabè pour installer une drague et détruire la rivière. Aujourd’hui, nous avons un sérieux problème : nous n’avons plus où envoyer nos troupeaux. Nous demandons justice auprès des autorités. »

Sur le site, un jeune orpailleur burkinabè, identifié comme Aboubacar Kaborè, affirme que leur présence sur les lieux ne serait pas clandestine. Il évoque même des paiements réguliers versés à plusieurs acteurs.
« Nous avons été installés ici par le propriétaire de cette plantation, près de la rivière. Nous avons payé deux millions de francs guinéens comme frais d’installation et d’autorisation de travail sur le site. Les agents des Eaux et Forêts viennent aussi, et nous leur payons chaque 24 du mois 2 500 000 GNF pour avoir la paix. Les gens du village et le bureau du district viennent également, et nous payons avec eux chaque semaine 2 500 000 GNF. »

Ces déclarations, si elles sont avérées, soulèvent de graves interrogations sur la gestion des sites d’orpaillage artisanaux, le respect des règles environnementales, ainsi que sur de possibles pratiques de perception informelle autour de l’exploitation minière.

À Balato, les habitants dénoncent aujourd’hui un paradoxe douloureux : une zone riche en ressources minières, mais où les retombées locales semblent faibles, pendant que les dégâts environnementaux, eux, sont bien visibles.

La disparition progressive de la rivière Kourouda, la destruction du couvert végétal, l’utilisation présumée de produits toxiques et les difficultés croissantes des éleveurs posent avec acuité la question de la cohabitation entre orpaillage, protection de l’environnement et intérêt communautaire.

Face à la gravité des accusations portées contre le bureau du district de Balato, notre rédaction tient à préciser que nous allons également recueillir la version des personnes mises en cause, notamment les membres de l’équipe du bureau de district, afin de permettre à toutes les parties de s’exprimer dans le respect du principe d’équilibre de l’information.

Siguiri/ Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org



