La reprise des audiences criminelles au Tribunal de première instance (TPI) de Siguiri continue de tenir l’opinion en haleine. Au fil des débats, un dossier particulièrement sensible mêlant vente présumée d’armes, association de malfaiteurs, meurtre et vols à main armée prend une tournure de plus en plus troublante, avec au centre des accusations l’adjudant-chef Mamadi Kobaya Condé, militaire en service.

Lors de la première journée des débats, le prévenu, poursuivi notamment pour association de malfaiteurs et meurtre, s’était présenté à la barre pour rejeter catégoriquement toutes les charges retenues contre lui. Face à la cour, il avait soutenu avoir été interpellé alors qu’il se rendait à Conakry, affirmant n’avoir jamais été trouvé en possession d’une arme, ni perçu la moindre somme d’argent en lien avec les faits qui lui sont reprochés.
« J’ai été interpellé sans arme. On m’a demandé où étaient les armes, mais je me suis demandé de quelles armes on parlait. En 17 ans de service, je n’ai jamais été doté d’arme, sauf lors de ma mission à Kidal. Je ne me reproche de rien », avait-il déclaré devant les juges.
Se présentant comme un “garant de la loi”, Mamadi Kobaya Condé avait également insisté sur le fait qu’il ne pouvait, selon lui, être impliqué dans un trafic d’armes ou dans des actes criminels. Il avait en outre contesté une partie de la procédure, affirmant que certains propos consignés dans le dossier ne seraient pas les siens.
Concernant ses liens avec les autres personnes poursuivies, notamment Laye Moriba Condé, il avait reconnu l’avoir connu dans un cadre strictement informel, tout en niant toute collaboration criminelle ou financière.
Mais ce mercredi 8 avril 2026, au cours de la deuxième journée de la reprise des audiences criminelles, le dossier a connu un nouveau rebondissement de taille avec la déposition de Djibril Camara alias “Dady”, poursuivi dans le même dossier que Mohamed Cissé alias “Gaspi”, lui-même renvoyé devant la cour pour vol à main armée et association de malfaiteurs.
À la barre, “Dady” a livré un témoignage particulièrement accablant à l’encontre de l’adjudant-chef Mamadi Kobaya Condé. Dans une déclaration détaillée, il a affirmé avoir été mis en contact avec le militaire par un certain “Djodjo”, alors qu’il se trouvait à Bamako.
Selon Djibril Camara, l’adjudant-chef Kobaya lui aurait conseillé de cesser de voler “à main nue” et de se procurer des armes pour mener ses opérations. Il soutient avoir ensuite réuni la somme de 7 millions de francs guinéens, qu’il dit avoir envoyée au militaire pour l’achat d’armes. D’après lui, les armes devaient être remises à Baba Bouché, à la frontière de Kourémalé, en direction de Bamako.
Poursuivant sa déposition, “Dady” a déclaré que les trois armes au cœur du dossier lui avaient été remises par l’adjudant-chef Kobaya dans un sac qu’il ne devait pas ouvrir. Mais lors d’un voyage entre Bamako et Siguiri, une attaque survenue à Doko et la présence de barrages routiers à Tabakoro l’auraient poussé à interrompre le transport.
Il affirme alors avoir confié le sac à son jeune frère, chargé de le conserver jusqu’à son retour.
Interrogé sur les circonstances de l’enquête, Djibril Camara a reconnu avoir d’abord nié la possession des armes, expliquant ce silence par sa volonté de protéger l’adjudant-chef Kobaya. Il a également affirmé avoir subi des pressions et des tortures durant les investigations.
Selon lui, plusieurs semaines plus tard, c’est finalement l’adjudant-chef Kobaya qui aurait à son tour désigné son jeune frère aux enquêteurs, permettant ainsi aux agents de retrouver le sac contenant les trois armes au domicile familial.
Cette découverte aurait conduit à l’arrestation du frère cadet, avant son décès alors qu’ils étaient tous détenus à la Maison centrale de Kankan, selon les déclarations faites à l’audience.
Ainsi, d’un côté, un militaire qui clame son innocence, se dit victime d’accusations infondées et rejette tout lien avec les armes ; de l’autre, un coaccusé qui l’implique directement dans l’acquisition, la remise et la circulation d’armes présumées destinées à des braquages. Deux versions radicalement opposées se font désormais face devant la cour.
Ce contraste saisissant confère à ce procès une intensité particulière, tant les enjeux dépassent désormais le simple cadre d’un dossier de braquage. Les débats mettent en lumière de possibles connexions entre criminalité armée et complicités internes présumées, dans une affaire où se croisent armes, violence, trahisons et lourdes conséquences humaines.
Le juge Mohamed Lamine, qui suit ce dossier de près, devra poursuivre l’examen minutieux des faits afin de départager les versions contradictoires livrées à la barre.
À Siguiri, cette affaire s’impose désormais comme l’un des dossiers criminels les plus sensibles de la session : entre les dénégations fermes d’un adjudant-chef et les révélations troublantes d’un coaccusé, la vérité judiciaire reste plus que jamais attendue.
Une certitude toutefois : chaque audience enfonce un peu plus ce procès dans une zone de fortes tensions, où l’ombre des armes continue de peser lourdement sur les débats.

Siguiri/ Alseny Philip Denkè Condé,Sekou Mariame Diallo et Mory Faraba Dioumessi pour le www.Gbaikandjamana.org
Tel: 623-18-39-60




