L’audience criminelle de ce jeudi au Tribunal de première instance de Siguiri a été marquée par le passage à la barre de Jeanette Koumba N’GEGBA et Aminata Mansarey, deux ressortissantes sierra-léonaises poursuivies pour détention illicite de drogue à haut risque, après leur interpellation en juin 2024 à la frontière de Kourémalé.
Face au tribunal, les deux accusées ont reconnu les faits mis à leur charge, tout en revenant longuement sur les circonstances qui les auraient conduites dans cette affaire de trafic de cocaïne.
Prenant la parole la première, Aminata Mansarey a raconté qu’elle se trouvait avec son amie Jeanette dans un restaurant à Freetown, en Sierra Leone, lorsqu’un jeune homme serait venu leur proposer une “marchandise”.
« Nous étions assises dans un restaurant à Freetown. Un jeune est venu vers nous avec un plastique. Il nous a dit qu’il avait une marchandise. On lui a demandé ce que c’était. Il nous a montré et nous a dit que c’était de la drogue », a-t-elle expliqué à la barre.

Selon ses déclarations, une connaissance commune les aurait ensuite encouragées à acheter cette substance, leur faisant miroiter des gains rapides.
« Une de nos connaissances nous a dit que si nous nous lancions dans ça, nous pourrions avoir de l’argent pour commencer le commerce. Elle nous a aussi dit qu’elle avait une connaissance au Ghana qui pouvait nous aider à revendre la marchandise », a-t-elle poursuivi.
Aminata affirme alors avoir utilisé ses économies pour acheter cinq plaquettes, tandis que son amie Jeanette en aurait acquis cinq autres, pour un montant de 2 500 000 leones par plaquette.
Après l’achat, les deux femmes disent avoir été mises en contact avec une personne basée au Ghana, qui leur aurait donné l’itinéraire à suivre. Elles auraient ensuite quitté Freetown, traversé la frontière par Pamalap, puis passé la nuit à Conakry chez un proche avant de reprendre la route en direction de Kourémalé.
C’est à l’approche de la frontière, selon leur récit, qu’elles auraient tenté d’éviter le poste de contrôle en négociant avec des taximen-motards pour contourner les agents et rejoindre le territoire malien.
Mais leur tentative tournera court.
« Arrivées à quelques mètres du poste de contrôle, on a trouvé des taxis-motos qu’on a négociés pour nous faire passer en évitant le poste. C’est à ce moment qu’un agent est venu nous interpeller et nous a conduites au contrôle. C’est là qu’ils ont découvert les 10 plaquettes : 5 sur moi et 5 sur ma copine Jeanette », a déclaré Aminata.
Devant le tribunal, la prévenue a affirmé qu’elle ignorait qu’il s’agissait précisément de cocaïne, tout en reconnaissant avoir accepté de transporter cette drogue dans l’espoir de sortir sa famille de la précarité.
Dans une déclaration empreinte d’émotion, elle a sollicité la clémence du juge :
« Je demande la clémence du tribunal. Je me suis lancée dans cette histoire pour avoir de l’argent et soutenir ma famille. J’ai perdu mon mari, je suis orpheline, j’ai la charge de ma mère et de mes enfants qui sont à l’école. Depuis notre détention en 2024, mes enfants n’ont aucune nouvelle de moi, et moi non plus je n’ai aucune nouvelle d’eux. »
À la barre, Jeanette Koumba N’GEGBA a, pour sa part, confirmé les mêmes explications, tout en insistant sur sa situation familiale difficile.
« Je suis l’aînée de la famille. Je suis divorcée d’avec mon mari, qui est un Guinéen. Nous étions en Sierra Leone, mais il m’a abandonnée avec mes deux enfants. Je n’ai plus de ses nouvelles. J’ai une lourde charge familiale. Je me suis lancée dans cette affaire pour avoir de l’argent et commencer le commerce afin de subvenir aux besoins de ma famille », a-t-elle déclaré.
La prévenue a également imploré la compassion du tribunal :
« Je demande pardon au tribunal. Qu’on nous laisse rentrer chez nous. Nous n’avons aucune nouvelle de nos parents ni de nos enfants. Ma famille ne sait même pas où je me trouve. »
Après les débats, le président du tribunal, le juge Mohamed Lamine Touré, a décidé de renvoyer le dossier au lundi 13 avril 2026 pour la suite de la procédure.
Cette affaire, qui mêle trafic international de drogue, précarité sociale et itinéraires transfrontaliers clandestins, continue de captiver l’attention dans le cadre des audiences criminelles en cours au Tribunal de première instance de Siguiri.
Derrière les dix plaquettes de cocaïne saisies à Kourémalé, c’est aussi le visage brutal de la misère, des promesses faciles et des réseaux transfrontaliers qui s’est dessiné à la barre.
Mais dans cette salle d’audience, entre larmes et aveux, une seule question reste suspendue : la justice retiendra-t-elle la gravité des faits, ou entendra-t-elle le cri de détresse de deux mères brisées ?

Siguiri/ Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org




