La ville de Kankan a abrité, ce jeudi 30 avril 2026, la célébration en différée du 77ᵉ anniversaire de la création de l’alphabet N’Ko, un événement dédié à la promotion et à la valorisation de cette écriture africaine.

Placée sous le thème : « Valoriser nos écritures pour accélérer le développement », cette rencontre a été marquée par des échanges enrichissants, des conférences et des activités culturelles, mettant en lumière l’importance des langues et écritures nationales dans le processus de développement en Afrique.

Fatoumata Bamba, enseignante-chercheure à l’Université Julius Nyerere de Kankan, a exprimé sa satisfaction face au chemin parcouru par l’écriture N’Ko depuis sa création en 1949.
« J’ai un sentiment de satisfaction et de fierté. Quand on voit le parcours du N’Ko depuis 1949 jusqu’à aujourd’hui, c’est vraiment impressionnant.
Le professeur Solomana Kanté n’aurait peut-être pas imaginé un tel avenir pour cette écriture. Le N’Ko est né à la suite des critiques de certains journalistes qui affirmaient que l’Afrique était un continent sans écriture.
C’est dans cette dynamique qu’il a jugé nécessaire de créer une écriture africaine. À travers cette écriture et nos langues, nous pouvons être fiers d’être Mandingues et fiers d’être Africains.
Si nous étudions nos langues, le développement tant souhaité pourra être atteint. Toutes les grandes nations qui ont réussi sur les plans scientifique, culturel et littéraire se sont appuyées sur leurs propres langues.
Je félicite et j’encourage les organisateurs à continuer ce combat. L’alphabet N’Ko a été nationalisé, mais il a encore besoin de développement.
Les autres peuples valorisent leurs langues, nous aussi devons soutenir et valoriser le N’Ko afin qu’il puisse rivaliser avec d’autres écritures comme le français. Aujourd’hui, il existe même des ordinateurs en N’Ko, et cette écriture est étudiée partout dans le monde. »

Prenant la parole au nom du parrain, Almamy Malick a souligné l’importance de promouvoir l’écriture N’Ko pour favoriser le développement et renforcer l’identité culturelle.
« Nous sommes ici pour valoriser l’écriture N’Ko. C’est quelque chose de très avantageux pour tout un peuple, particulièrement pour le peuple guinéen.
Il s’agit de valoriser nos langues à travers l’écriture N’Ko. Nous avons presque tous étudié dans des langues étrangères. Pourtant, si chacun étudie dans sa langue, cela favorise le développement.
Regardez les Chinois : tout ce qu’ils font, ils le font dans leur langue. C’est ce qui explique leur accélération dans le développement. Parler et écrire sa propre langue permet de progresser.
Le parrain est un grand défenseur du N’Ko. Il est aussi président du club de football Kalifomoria. Quand vous regardez les équipements et les bus du club, vous verrez des inscriptions en N’Ko. C’est une initiative venant de lui.
Je demande à tout un chacun de soutenir l’écriture N’Ko. Aider le N’Ko, c’est aider toute une nation. »

Promoteur de l’alphabet N’Ko, écrivain et révolutionnaire, Sory Mandéka Kaba a rappelé l’origine de cette écriture et l’importance de sa valorisation.
« Nous sommes ici pour célébrer le 77ᵉ anniversaire de l’écriture N’Ko, créée le 14 avril 1949 en Côte d’Ivoire.
C’est un mois sacré pour tous les Africains, un mois dédié à l’alphabet N’Ko. Aujourd’hui, notre mouvement continue de promouvoir nos langues.
Nous avons également pris connaissance d’un décret du président Mamadi Doumbouya, encourageant la valorisation des langues nationales et la traduction des activités de la présidence dans nos différentes langues. Il a notamment cité le N’Ko, l’Adlam et le coré Sebeli.
C’est un grand pas en avant. Sans nos langues, il n’y aura pas de véritable développement en Afrique.
C’est pourquoi nous sommes là aujourd’hui : pour montrer au monde entier que l’Afrique a aussi ses propres langues et ses propres systèmes d’écriture. »

Conférencière à cette rencontre, Ciré Bawakaly Kaba a insisté sur la nécessité pour les Africains de maîtriser leurs langues locales.
« Ce qui est anormal, c’est lorsque nous ne sommes pas capables de parler nos propres langues locales ou de travailler avec elles, alors que nous sommes censés tout faire dans nos langues.
Dans les autres pays, c’est toujours leur langue qui est mise en avant. Donc il faut que nous mettions aussi notre langue au premier plan », a-t-elle expliqué.

De son côté, Dr Kotéban Camara, conférencier, a dénoncé le manque de productions originales en N’Ko.
« Ce n’est pas interdit d’apprendre la langue des autres, mais cela doit être accompagné par ta propre langue locale.
La faiblesse de nous, les promoteurs du N’Ko, c’est que 80 % des livres en N’Ko traduisent le savoir des autres, des personnes qui ne sont même pas guinéennes.
Si ce n’est pas le savoir des Arabes qui est traduit, c’est celui des Français ou d’autres peuples. On pense aider le pays, alors que ce n’est pas réellement le cas.
Nous ne devons pas écrire des mensonges ou l’histoire de personnes qui ne peuvent pas servir notre pays. Nous devons plutôt écrire notre propre culture et nos traditions, celles qui peuvent contribuer au développement de la Guinée », a-t-il expliqué.

Coordinateur de N’Ko Semba, Bassabati Sidibé est revenu sur les objectifs de cette célébration.
« Nous avons appelé les gens pour leur rappeler la célébration en différée de l’écriture N’Ko. Pendant cette rencontre, nous avons parlé du tableau de Mendeleïev en N’Ko.
Nous avons également parlé de Kanté Souleymana en tant que savant, et expliqué comment valoriser nos langues.
Aujourd’hui, le N’Ko fait partie des écritures vivantes dans le monde. Il est en train de prendre une dimension internationale et beaucoup de choses se font désormais en N’Ko. »

Cette célébration du 77ᵉ anniversaire de l’alphabet N’Ko à Kankan aura permis de sensibiliser davantage sur l’importance des langues nationales et sur la nécessité de leur intégration dans les systèmes éducatifs et scientifiques, afin de contribuer au développement durable de la Guinée et de l’Afrique.

Sanassy Mbemba Camara, écrivain, auteur, président fondateur de la structure Les Amis du Livre, commissaire général du concours national de lecture publique et des arts de Guinée.
« Nous sommes là pour une visite touristique au musée de Soundjata Keïta de Kankan avec les enfants du concours national de lecture publique et des arts en Guinée, pour une immersion touristique.
Nous sommes là pour découvrir des personnes qui ont un parcours inspirant de la République de Guinée et aussi à l’extérieur. C’est une étape cruciale de la compétition, parce que nous sommes à mi-parcours. Il y a pas mal d’activités qui ont été prévues, donc nous sommes en train de concrétiser l’une d’entre elles.
C’est un autre événement maintenant. Cela contribue à nous donner davantage de crédibilité, parce qu’on ne fait pas juste un événement pour venir s’amuser. On fait un événement avec un grand sourire à l’appui, qui permet de partager aux enfants une culture générale sur l’ensemble des faits historiques de la nation guinéenne et aussi du Manding.
Alors ça, c’est une étape très cruciale qui donne un goût d’avance avant la grande finale. Et puis c’est quelque chose de spécial pour susciter l’intérêt, surtout auprès des encadrants et des parents, à savoir eux-mêmes que leurs enfants ne sont pas dans de mauvais environnements, mais surtout avec des gens cadrés sur un lancement très flamboyant.
Il y a deux sites prévus pour cette immersion : le camp Soundjata Keïta, déjà clôturé. Nous sommes en route pour le lieu de culte de l’ambassadeur de la paix UNESCO, Cheick Souleymane Sidibé, pour aller découvrir sa grande mosquée à valeur numérique et aussi connaître son historique.
Nous sommes à une centaine de visiteurs qui sont là dans le cadre de cette immersion. C’est une occasion de faire découvrir à l’ensemble des enfants, à la famille et à toute la population guinéenne, parce que comme on l’a dit, chaque ville de la Guinée est une ville internationale, comme Bamako.
Rendez-vous les 4 et 5 mai 2026 à la Maison des Jeunes pour vivre un événement de taille, un événement national, un événement qui célèbre la beauté intellectuelle, un événement qui célèbre les anciens académiciens, surtout le génie, et soutenir les enfants et les frères qui ont été une source salvatrice pour la République guinéenne. Donc, Kankan à l’honneur. »

𝐒𝐨𝐮𝐥𝐞𝐲𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐓𝐚𝐭𝐚 𝐁𝐚𝐧𝐠𝐨𝐮𝐫𝐚 et Mohamed Bangoura pour www.gbaikandjamana.org
+224 621-519-282



