La sous-préfecture de Soyah, à une quinzaine de kilomètres de Mamou, a été le théâtre d’une scène particulièrement choquante dans la nuit du samedi 2 mai 2026.
Fatoumata Diallo, en travail avancé, a été laissée sans assistance et a fini par accoucher à même le sol, devant le centre de santé, étendue sur un simple pagne.
Selon son mari, Mamadou Bailo Diakité, les douleurs ont commencé à domicile alors qu’il était retenu par la maladie d’un enfant. Il a donc demandé à une proche d’accompagner son épouse au centre de santé, promettant de les rejoindre.
Sur place, affirme-t-il, aucune sage-femme n’a accepté de prendre en charge la patiente, ni même de la faire entrer dans l’établissement. Livrée à elle-même, Fatoumata Diallo a accouché devant l’entrée.
Le témoignage du mari est accablant : aucune assistance ne lui aurait été apportée après l’accouchement, malgré des saignements importants durant une partie de la nuit. Il dit avoir alerté les autorités locales, qualifiant la situation de « déplorable et choquante ».
Interrogé, Mamadou Djouma Condé, président du comité de santé et d’hygiène de la commune rurale de Soyah, confirme l’incident et évoque une profonde indignation au sein de la population.
D’après lui, les faits se sont produits aux environs de minuit. La famille aurait sollicité l’équipe de garde en frappant à la porte du bâtiment où logent les sages-femmes, sans obtenir de réponse favorable. La patiente a accouché quelques minutes plus tard, près des escaliers, sans aucune assistance médicale.
Le responsable local pointe des dysfonctionnements structurels. Le centre ne disposerait que d’une seule sage-femme titulaire, souvent absente. En pratique, deux stagiaires assurent les accouchements.
Lors de l’enquête interne, l’une aurait affirmé être de garde sans maîtriser la prise en charge d’un accouchement, tandis que l’autre, plus expérimentée, aurait refusé de se déplacer depuis son domicile. Une situation qui soulève de sérieuses questions sur l’organisation des gardes et le niveau de compétence du personnel.
Bien que la mère et le nouveau-né soient actuellement hors de danger, cet épisode met en lumière les failles persistantes du système de santé maternelle dans certaines zones rurales.
Le président du comité appelle les autorités sanitaires à agir urgemment afin de garantir la présence de personnel qualifié et opérationnel dans chaque structure, en cohérence avec l’objectif affiché de « zéro mort maternelle ».
Ce cas ravive également le souvenir d’incidents similaires dans la région de Mamou, notamment en 2021, où une femme avait été contrainte d’accoucher hors d’un établissement après avoir été rejetée.
Plus récemment, l’hôpital régional a été secoué par une affaire criminelle non élucidée, renforçant le sentiment de défaillance du système sanitaire local.
L’affaire de Soyah, au-delà de l’émotion qu’elle suscite, pose avec acuité la question de la responsabilité médicale, de l’éthique professionnelle et de l’organisation des services de santé en milieu rural.

Le Gbaikandjamana Média
La Rédaction



