Le district de Kouttan, dans la préfecture de Koundara, a vibré le week-end dernier au rythme du traditionnel barbotage des mares d’Akana. Durant trois jours, les communautés ont renoué avec la nature et les rites de leurs ancêtres. Entre communion spirituelle et pêche collective, retour sur un événement qui défie le temps.
À près de 500 km de Conakry, la préfecture de Koundara s’impose comme une zone sociologiquement cosmopolite. Au cœur de ce brassage linguistique résident les Badjarankés. Bien que cette communauté soit aujourd’hui répartie entre la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Gambie, ses racines profondes puisent leur sève ici, à Koundara.
Pour rejoindre Kouttan, le sanctuaire de cette culture, le voyageur traverse Boké, Gaoual, puis Marou, premier bastion badjaranké, avant de plonger vers les plaines d’Akana via Sarèboïdo. C’est là, depuis plusieurs siècles, que se perpétue un rituel unique sous l’autorité morale et physique des Badjarankés.

L’effervescence des préparatifs : l’art de la pêche ancestrale. L’effervescence commence bien avant l’événement. Dès la confirmation de la date, le district de Kouttan se transforme en un véritable atelier à ciel ouvert. Hommes et jeunes s’activent à la confection du « Oussoun » (hameçon traditionnel) et du « Sorhin » (épieu pointu). Chacun aiguise ses outils et prépare ses appâts avec minutie, car ici, la réussite de la pêche est une question de fierté.Le top départ est donné après la grande prière du vendredi.
Le village se vide : motos pétaradantes pour les plus pressés, ou pas lents des ânes pour les partisans du transport ancestral, tous convergent vers la plaine, sur l’autre rive du fleuve Koliba.
Entre Pandepol et Daaka : la vie au campementLa célébration s’articule autour de campements de fortune, véritables vestiges d’une communion totale avec l’environnement.Pandepol : C’est le premier point de chute, dédié à la fabrication et à la réparation du matériel de pêche.

Daaka : Le second campement, d’où partent les pêcheurs à l’aube.L’organisation des campements ne doit rien au hasard. Chaque clan, chaque lignée s’installe précisément là où ses aïeux s’installaient des siècles plus tôt. On dort à même le sol, protégé par une simple bâche, dans une proximité brute avec la terre.
L’assaut sur les mares : la loi de la natureLe signal du barbotage est donné par Wétchoula Sanè, gardien de la mare depuis 27 ans. À ses mots, une nuée d’hommes s’élance dans les eaux d’Akana. L’habileté est de mise : personne ne veut rentrer « bredouille » auprès des épouses et des enfants qui attendent au campement. « Dieu merci, les prières ont été exaucées », s’exclame un pêcheur, les mains chargées de poissons.
Pour d’autres, la récolte est maigre. « C’est ainsi, c’est la loi de la nature », philosophe l’un d’entre eux. Les prises du jour sont immédiatement partagées et consommées sur place, renforçant les liens de solidarité.Le cri d’alarme du gardien de WooffLe troisième jour est consacré à la mare de Wooff, située à 30 minutes de route.
Cependant, cette année, la fête a été assombrie par un constat amer. La mare de Wooff subit les assauts de pêcheurs clandestins qui, au mépris des traditions, viennent piller les ressources pour les revendre sur les marchés de Saraboido.Wétchoula Sanè ne cache pas son amertume : « Nous souffrons de voir nos cultures banalisées par ceux qui devraient les protéger. Ce barbotage est ouvert à tous, mais il exige le respect de l’autorité morale. Désormais, nous allons revenir à nos anciennes pratiques : quiconque viendra voler le poisson sera seul responsable de ce qui lui arrivera. »
Suite à ces pillages, l’étape de Wooff s’est révélée peu fructueuse cette saison. » Nous souhaitons le ministre de la Culture , du Tourisme et de l’Artisanat nous aide à valoriser davantage ce patrimoine. Comme nous le connaissons très prompte sur ces questions d’identité culturelle, il n’a qu’à nous aider à faire de cette activité une opportunité de redécouvrir le potentiel touristique du.grand Badiar » a plaider Djouma Niabaly jeune leader de kouttan.

Plus qu’une fête, une leçon de vieAu-delà de la simple festivité, le barbotage des mares d’Akana demeure une immersion dans l’histoire d’un peuple.
En quittant les plaines pour regagner Kouttan, les participants emportent avec eux bien plus que du poisson : ils ramènent une leçon de bravoure, de patience et le rappel nécessaire que l’homme et la nature ne forment qu’un.
Ismael Nabé pour www.gbaikandjamana.org




