À quelques jours des festivités, le marché du bétail de Siguiri fait face à une situation alarmante. Entre difficultés d’approvisionnement, insécurité sur les axes sahéliens et hausse vertigineuse des prix, vendeurs comme acheteurs dénoncent une année particulièrement éprouvante.

Acquérir un mouton ou un bœuf pour la fête devient désormais un véritable casse-tête pour de nombreuses familles.

Président des vendeurs de moutons à Siguiri, Daouda Traoré tire la sonnette d’alarme sur les difficultés liées à l’approvisionnement depuis le Mali, principal pays fournisseur des commerçants locaux.
« Trouver des béliers au Mali n’est plus facile. Avant, nous faisions l’aller-retour en une journée. Aujourd’hui, nous pouvons passer entre deux et quatre jours sur les routes, avec énormément de risques », explique-t-il.
Selon les commerçants, cette situation sécuritaire et logistique a directement impacté les prix du bétail. Les moutons autrefois accessibles autour de 2 millions GNF sont devenus rares.
Désormais, les prix oscillent entre 3 et 6 millions GNF, tandis que certains béliers de grande taille atteignent jusqu’à 10 millions GNF.

Face à cette dépendance envers les pays voisins, Daouda Traoré invite les autorités et les citoyens à encourager davantage l’élevage local.
« Les Guinéens doivent investir dans l’élevage. Aujourd’hui, nous dépendons fortement des éleveurs maliens alors que notre pays peut aussi produire. Nous demandons également l’appui de l’État, notamment pour l’alimentation du bétail. Nous voulons satisfaire les clients, mais nous ne pouvons pas vendre à perte », plaide-t-il.

Même constat chez les vendeurs de gros ruminants. Aboubacar Doumbouya, surnommé « Djatebö », évoque les énormes difficultés liées au transport des bœufs jusqu’à Siguiri.
« Nous rendons grâce à Dieu parce que les bœufs achetés depuis plusieurs semaines commencent seulement à arriver. Les difficultés sur les routes sont énormes. Nos animaux proviennent du Mali, du Tchad et du Burkina Faso », confie-t-il.
Là encore, les prix connaissent une hausse spectaculaire. Les bœufs se négocient actuellement entre 10 et 30 millions GNF, tandis que les plus gros spécimens atteignent parfois 60 millions GNF.
« Cette année est vraiment difficile », résume le vendeur.

Du côté des clients, l’inquiétude grandit face à la flambée des prix. Mamadi Diallo, venu du quartier Kourouni pour acheter un bœuf avec plusieurs proches, raconte sa désillusion.
« Nous nous sommes cotisés à sept personnes pour acheter un bœuf, mais malgré cela, notre budget reste insuffisant. Nous sommes obligés de chercher encore de l’argent ou de revoir nos ambitions à la baisse. Les prix vont de 10 à 30 millions GNF. Nous demandons aux autorités de nous aider », déplore-t-il.

Même frustration chez Ibrahima Kalil Keïta, venu chercher un bélier pour la fête.
« Ce que nous achetions auparavant entre 1 et 2 millions GNF coûte aujourd’hui entre 5 et 6 millions. On m’a même proposé un bélier à 10 millions GNF. Nous demandons aux autorités d’accompagner les vendeurs afin de rendre les animaux plus accessibles », explique-t-il.

Cette situation met une nouvelle fois en évidence la nécessité pour la Guinée de renforcer son autosuffisance dans le domaine de l’élevage.
En attendant d’éventuelles mesures pour soutenir le secteur et soulager les ménages à l’approche des festivités, le marché du bétail de Siguiri reste marqué par l’incertitude, les négociations difficiles et la baisse du pouvoir d’achat des citoyens.

Siguiri/ Mory Faraba Dioumessi pour le www.Gbaikandjamana.org




