Pourquoi applaudir les opportunités lorsqu’elles profitent à son camp et les dénoncer lorsqu’elles bénéficient aux autres ?
Il est devenu inquiétant de constater, dans notre société, particulièrement au sein de la jeunesse, cette tendance à juger les actions des autres non pas sur leur valeur, mais en fonction de ceux qui en sont les bénéficiaires.
Lorsqu’un jeune obtient une opportunité, décroche un emploi, bénéficie d’un accompagnement ou reçoit un soutien grâce à un responsable, à un élu ou à une personnalité publique qu’il fréquente, les applaudissements fusent. On parle de mérite, de reconnaissance, de solidarité et de réussite. Personne ne crie au favoritisme. Personne ne dénonce une quelconque manipulation. Au contraire, on encourage, on félicite et on célèbre.
Mais lorsque la même opportunité profite à un jeune qui n’appartient pas au même cercle, qui ne partage pas les mêmes affinités ou qui n’est tout simplement pas de son camp, le discours change radicalement. Soudain, les mêmes gestes deviennent de la démagogie, de la manipulation, de la récupération ou une stratégie de communication.
Au fond, le problème est-il réellement l’acte posé ou simplement l’identité de celui qui en bénéficie ?
Cette attitude mérite une véritable réflexion. Car la jeunesse d’aujourd’hui, confrontée au chômage, au manque de moyens, aux difficultés d’insertion professionnelle et à la rareté des opportunités, devrait être la première à défendre la solidarité, l’entraide et l’égalité des chances.
Malheureusement, certains préfèrent transformer chaque geste de soutien en compétition politique, chaque réussite en sujet de jalousie et chaque initiative favorable aux autres en occasion de dénigrement. Au lieu de se demander comment multiplier les opportunités pour tous, ils cherchent d’abord à discréditer celles qui ne profitent pas à leurs proches.
Pourtant, aider un jeune à avancer ne devrait jamais être considéré comme une menace pour les autres. Qu’un jeune de notre entourage réussisse, c’est une bonne chose. Qu’un jeune d’un autre cercle bénéficie d’un soutien, c’est également une bonne chose. La réussite des uns ne devrait pas devenir l’échec symbolique des autres.
La véritable grandeur ne consiste pas à applaudir uniquement les réussites de son entourage. Elle consiste à savoir reconnaître les efforts des autres, à encourager les initiatives utiles et à souhaiter que les opportunités se multiplient pour tous.
Alors, à quand comprendrons-nous que l’avenir de notre jeunesse ne se construira ni dans la jalousie ni dans le sabotage, mais dans la solidarité, le mérite et la complémentarité ?
Car, au bout du compte, ce n’est pas parce qu’un jeune que nous n’aimons pas avance que nous reculons. C’est lorsque nous cherchons à empêcher les autres d’avancer que nous freinons toute une génération

Mohamed DIANÉ, journaliste




