Construite récemment pour améliorer la fluidité du trafic et désengorger les grands axes routiers, la corniche T6 de Kagbelen se voulait une réponse moderne aux embouteillages chroniques.
Pourtant, malgré ses avantages indéniables, cet axe routier continue de susciter de vives préoccupations chez les usagers comme chez les riverains.

En cause : la multiplication d’accidents de la circulation, signalés de façon quasi régulière.
Face à cette situation jugée alarmante, les habitants des environs ont pris une initiative controversée : l’installation de ralentisseurs dits « sauvages », en dehors de toute norme réglementaire.

Au micro de notre reporter, Alhassane Bah, riverain de la zone, assume pleinement cette décision :
« Avant la mise en place de ces dos d’âne, les accidents étaient presque quotidiens ici. Certes, certains usagers critiquent, mais nous préférons cela, puisque au moins des vies sont sauvées », affirme-t-il.

Sur place depuis la veille en raison d’une panne, Maître Oury Barry apporte un regard plus nuancé :
« Depuis hier à 20 heures, nous sommes bloqués ici. On ne peut pas accuser directement les ralentisseurs, mais il faut reconnaître que seule l’autorité compétente est habilitée à en installer. Lorsqu’ils sont faits hors normes, ils peuvent provoquer des accidents et des pannes inutiles », prévient-il.

Victime elle-même d’un accident, Fatimatou Bah, habitante de Kagbelen, témoigne avec émotion :
« Depuis trois mois, je suis alitée avec des douleurs. J’ai été percutée par un motard alors que je m’apprêtais à traverser.

Nous souffrons vraiment ici à cause des accidents. Avant ces ralentisseurs, c’était pire encore. Aujourd’hui, les accidents n’ont pas cessé, mais au moins ils ont diminué », confie-t-elle.
Entre impératif de sécurité et respect des normes d’infrastructure, la corniche T6 de Kagbelen illustre un dilemme récurrent : quand l’absence de régulation pousse les populations à se substituer aux autorités.
En attendant une intervention officielle pour concilier sécurité routière et aménagement conforme, les ralentisseurs improvisés demeurent, pour les riverains de Kagbelen, moins un acte d’incivisme qu’un ultime rempart face à l’urgence de sauver des vies.

Ahmadou Djogo, pour www.Gbaikandjamana.org



