Après plusieurs années de difficultés marquées notamment par les retards d’achat des récoltes et les problèmes d’approvisionnement en intrants, la filière cotonnière tente de retrouver son dynamisme en Haute-Guinée.

À Siguiri et Mandiana, une mission de supervision de la Société Cotonnière de Kankan a permis de constater l’état des champs, d’écouter les préoccupations des producteurs et de réaffirmer les engagements de la direction pour la campagne agricole 2026.
L’espoir renaît progressivement dans les champs de coton de la région de Kankan. À Kamaya, dans la préfecture de Siguiri, comme à Lensoron et Faraba, dans celle de Mandiana, les producteurs affichent leur volonté de relancer une activité qui a longtemps contribué aux revenus des familles rurales et au développement de leurs localités.

C’est dans cette perspective que la direction générale de la Société Cotonnière de Kankan, conduite par son directeur général, Moussa Doumbouya, a effectué une mission de supervision dans ces deux zones de production. L’objectif était de s’imprégner des réalités du terrain, d’évaluer le développement végétatif des cultures et d’échanger directement avec les cotonculteurs sur leurs difficultés et leurs attentes.
Au-delà de l’inspection des parcelles, cette tournée a surtout constitué un cadre de dialogue entre les responsables de la société et les producteurs, dont certains attendent depuis plusieurs années des réponses concrètes aux difficultés rencontrées dans la commercialisation de leurs récoltes.
Première étape de la mission, le district de Kamaya, situé à environ 72 kilomètres de Siguiri-centre, dans la sous-préfecture de Franwalia, compte parmi les zones où la production cotonnière cherche à reprendre son élan.

Sur place, la délégation a visité plusieurs parcelles, dont les cultures présentent un développement jugé encourageant par les responsables de la société.
« Je suis très content et satisfait de ce que je vois. Je ne suis pas venu pour trop parler, mais pour vous écouter », a déclaré Moussa Doumbouya devant les producteurs.
Une démarche appréciée par les acteurs locaux, qui gardent en mémoire les difficultés ayant conduit à l’arrêt ou à la réduction de leurs activités.

Ouwa Gbèma Camara, producteur de coton et citoyen de Kamaya, se souvient des premières années de cette aventure agricole. Selon lui, la production cotonnière a commencé dans sa localité dès 1983, avec quatre hectares cultivés. Mais les difficultés liées à l’achat des récoltes ont progressivement découragé de nombreux producteurs.
« Nous avions complètement perdu espoir, mais nous sommes désormais déterminés à reprendre la production », témoigne-t-il.

Pour cet acteur local, le coton ne représente pas seulement une culture commerciale. Il constitue aussi une source de revenus qui a contribué à la construction de maisons, à l’amélioration des routes et à la réalisation d’autres infrastructures dans la localité.
« Une grande partie des routes, des maisons et d’autres infrastructures de notre localité a été réalisée grâce aux revenus tirés de cette production », explique-t-il, tout en saluant la visite de la direction générale.

Derrière cet enthousiasme retrouvé, les producteurs restent toutefois attentifs aux engagements pris par les responsables. Les retards dans l’achat des récoltes, l’accès aux intrants agricoles et la régularité des paiements figurent parmi leurs principales préoccupations.
Face à ces préoccupations, le directeur général de la Société Cotonnière de Kankan a apporté des explications aux producteurs, notamment en langue maninka, afin de faciliter les échanges.
Concernant le prix des engrais, Moussa Doumbouya a indiqué que le tarif appliqué à l’échelle nationale est de 300 000 francs guinéens, tandis que les producteurs rencontrés à Kamaya les achètent à 290 000 francs guinéens, le transport étant pris en charge par la société.
La direction affiche également des ambitions en matière de rendement. Pour la campagne en cours, l’objectif annoncé est d’atteindre 800 kilogrammes de coton par producteur.

Sur la question sensible des paiements, le directeur général a voulu rassurer les cotonculteurs en promettant une plus grande rapidité dans le règlement de leurs productions.
« Cette année, nous allons tout faire pour acheter vos productions à temps. Le jour où votre coton quittera votre domicile, vous devrez pouvoir récupérer votre argent dès le lendemain. Le même véhicule qui viendra chercher le coton apportera également les engrais et les herbicides », a-t-il assuré devant les producteurs.
Il a par ailleurs souligné que des dispositions ont été prises pour faciliter le paiement des récoltes, en orientant les producteurs vers le Crédit rural de Guinée.

La logistique constitue un autre enjeu important pour les exploitants. Les responsables souhaitent notamment améliorer l’organisation du transport des intrants et du coton afin de réduire les contraintes auxquelles les paysans sont confrontés pendant la campagne.

Moussa Doumbouya a également remercié le président de la République, Mamadi Doumbouya, pour la dotation de 50 motoculteurs destinés aux producteurs, en les invitant à en faire un usage responsable.
Après Siguiri, la mission a poursuivi sa tournée dans la préfecture de Mandiana, considérée comme l’un des principaux bassins de production cotonnière de la région.
Après une escale à Faraba, la délégation s’est rendue dans les exploitations agricoles de Lensoron, où elle a visité plusieurs parcelles couvrant une superficie de 17 hectares.
Sur place, les responsables ont observé des cultures présentant un développement végétatif encourageant.
Le directeur de la production agricole, Moussa Keita, s’est réjoui de l’état des champs visités, tout en insistant sur l’importance du suivi technique.
« À vue d’œil, la densité est là, les champs sont propres et les producteurs s’attendent à une bonne campagne », a-t-il déclaré.
Il a également évoqué l’expérimentation d’une nouvelle variété de coton importée du Mali, la STAM 279A, qui en est, selon ses explications, à sa troisième génération d’utilisation. Cette variété est présentée par les responsables comme une option permettant de mieux faire face à certains ravageurs, notamment les jassides et les insectes piqueurs-suceurs.
Le directeur de la production agricole a enfin rappelé aux producteurs la nécessité de respecter les itinéraires techniques recommandés par les conseillers agricoles de la société, un facteur déterminant pour améliorer les rendements.
Selon les chiffres communiqués lors de la mission, 700 hectares de coton ont été emblavés dans la zone de Mandiana pour la campagne agricole 2026. Un niveau de production qui témoigne de l’intérêt renouvelé des exploitants pour cette culture.

À Mandiana, l’attachement à cette activité se transmet aussi de génération en génération.
Brama Sangaré, producteur de coton à Lensoron, explique que cette culture fait partie de l’histoire de nombreuses familles de sa localité. Pour lui, les revenus tirés du coton permettent de répondre aux besoins essentiels des ménages.
« Nous avons trouvé nos parents dans la production du coton et nous avons suivi leurs traces. Après la récolte, cette activité nous permet de prendre nos familles en charge, de construire des maisons et de nous marier. On ne peut pas citer tous les avantages de cette production », confie-t-il dans son champ.
Mais cet attachement ne suffit pas à effacer les difficultés rencontrées par les producteurs, notamment au moment de la commercialisation.
À Faraba, Toumany Diallo lance ainsi un appel aux responsables de la société cotonnière pour que les récoltes soient achetées dans les délais et que les intrants soient mis à disposition à temps.
« Je demande aux autorités de venir acheter nos récoltes, car c’est notre principale difficulté. Si cette question est réglée, nous pourrons cultiver davantage d’hectares. Nous demandons également que les intrants agricoles nous soient envoyés à temps », plaide-t-il.
Ces témoignages illustrent une attente commune : au-delà de la relance des superficies cultivées, les producteurs souhaitent pouvoir compter sur un système d’achat fiable, des paiements rapides et un accompagnement agricole régulier.
Au cours de la visite, la délégation a également constaté la présence d’un stock de coton entreposé dans une case. Le directeur général a alors rassuré les producteurs quant à sa prise en charge immédiate.
Cette annonce constitue un signal important pour les exploitants, qui considèrent la commercialisation de leurs récoltes comme l’une des conditions essentielles à la reprise durable de la filière.
Pour les cotonculteurs, produire davantage n’a de sens que si les récoltes peuvent être écoulées dans de bonnes conditions et si les revenus attendus permettent de couvrir les dépenses agricoles et les besoins des familles.
La réussite de la campagne dépendra donc autant de la qualité des cultures que de la capacité des acteurs à respecter les engagements annoncés sur le terrain.
Dans les zones visitées, la culture cotonnière cohabite avec d’autres spéculations, notamment le maïs, le mil et l’anacarde. Cette diversité permet aux producteurs de répartir leurs activités agricoles et de tirer profit de leurs terres.
Selon le directeur de la production agricole, les effets de la culture du coton peuvent également bénéficier aux cultures pratiquées après la récolte, grâce aux apports d’engrais et à la gestion des parcelles.
Au-delà des considérations agronomiques, les retombées économiques de la filière sont régulièrement mises en avant par les communautés rurales. Les revenus du coton contribuent à la construction de logements, à la prise en charge des familles et au développement de petites activités économiques.
À Kamaya comme à Mandiana, les producteurs rappellent ainsi que cette activité a longtemps participé à la transformation de leurs localités.
La relance de la filière cotonnière représente donc un enjeu qui dépasse les seuls volumes de production. Elle touche également à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural, à la création de revenus et au renforcement de l’économie agricole locale.
À travers cette mission, la direction générale de la Société Cotonnière de Kankan entend rétablir la confiance avec les producteurs et donner une nouvelle impulsion à la filière.
Moussa Doumbouya affirme vouloir corriger les insuffisances du passé, notamment en ce qui concerne l’achat des récoltes, le paiement des producteurs et l’approvisionnement en intrants. Il a également salué l’implication des autorités guinéennes, notamment du président de la République, Mamadi Doumbouya, et du ministre de l’Agriculture, Félix Lamah, dans les efforts de relance agricole.
Cette dynamique s’inscrit dans les ambitions de développement portées par le programme Simandou 2040, qui accorde une place importante à la transformation de l’économie et au développement du secteur agricole.
Sur le terrain, toutefois, les producteurs attendent désormais que les engagements annoncés se traduisent en résultats concrets.
À Siguiri et à Mandiana, les champs témoignent d’une volonté de reprendre la production. Reste à consolider cette dynamique par des achats réguliers, des paiements dans les délais et un accompagnement durable des exploitants.
Car pour ces familles rurales, le véritable succès de la relance cotonnière ne se mesurera pas uniquement au nombre d’hectares cultivés, mais aussi à leur capacité à vivre dignement du fruit de leur travail.
Tögnon Bangoura pour www.gbaikandjamana.org





