À Dabola, en Haute-Guinée, Sayon Cissé incarne le courage, la détermination et l’autonomie financière des femmes. À seulement 22 ans, cette jeune Guinéenne exerce la vulcanisation, un métier traditionnellement dominé par les hommes. Un savoir-faire transmis par son père, qu’elle perpétue aujourd’hui pour subvenir aux besoins de sa famille.

Installée à l’est du carrefour de Dabola, au bord de la route nationale N°1, Sayon Cissé s’est fait une place dans un secteur où les femmes sont encore peu nombreuses. Initiée à la vulcanisation dès l’âge de 7 ans par son père, elle a progressivement acquis les compétences nécessaires pour prendre en main cette activité.
Alors qu’elle était scolarisée en quatrième année du primaire, la jeune fille a décidé d’abandonner les études pour rejoindre l’atelier familial.

Son objectif était clair : apprendre le métier de son père afin de pouvoir, un jour, assurer la relève et contribuer à la prise en charge de sa famille.
« J’ai hérité ce métier de mon père. Il a eu douze enfants, dont onze filles et un seul garçon, qui est d’ailleurs maladif. Nous étions toutes scolarisées, mais j’ai finalement décidé d’abandonner l’école pour aider mon père à l’atelier. Je voulais qu’un jour, s’il n’était plus là, je puisse prendre sa place et porter la charge de notre famille », explique-t-elle.
Aujourd’hui, après plusieurs années d’apprentissage et de pratique, Sayon Cissé mesure le chemin parcouru. Le décès de son père a constitué une épreuve importante, mais elle a trouvé dans son métier les moyens de poursuivre son engagement familial.
« Aujourd’hui, Dieu a rappelé mon père à Lui. Mais, Dieu merci, je parviens à assurer les charges de la famille. Même lorsque je ne travaille pas beaucoup, je peux gagner de l’argent grâce à cette activité. Des personnes viennent à l’atelier et me donnent parfois des sommes importantes pour m’encourager », témoigne-t-elle avec reconnaissance.
Au-delà de son propre parcours, la jeune vulcanisatrice se réjouit également de voir les anciens apprentis de son père prendre leur indépendance. À la disparition de ce dernier, l’atelier comptait une dizaine d’apprentis. Aujourd’hui, quatre y travaillent encore, tandis que les autres, après avoir maîtrisé le métier, ont ouvert leurs propres ateliers.
Pour Sayon Cissé, son expérience démontre qu’aucun métier ne devrait être considéré comme exclusivement masculin ou féminin. Elle invite ainsi les femmes et les jeunes filles à apprendre un métier, à travailler avec sérieux et à croire en leurs capacités.
« Tout métier que tu exerces, il faut le faire avec sérieux. J’invite toutes les femmes au travail. Si je prends mon propre exemple aujourd’hui, c’est mon travail qui attire les gens vers moi », affirme-t-elle.
Cependant, malgré sa détermination, la jeune entrepreneure reconnaît que la vulcanisation demeure une activité exigeante, qui nécessite des efforts physiques et des équipements adaptés. Pour développer son atelier et améliorer ses conditions de travail, elle lance un appel aux autorités et aux personnes de bonne volonté.
« Je demande au gouvernement et aux bonnes volontés de m’assister pour agrandir mon atelier et m’aider à obtenir du matériel de travail. C’est mon plus grand souhait aujourd’hui », plaide-t-elle.
À travers son parcours, Sayon Cissé adresse un message fort à la jeunesse féminine : l’apprentissage d’un métier peut ouvrir la voie à l’indépendance économique et permettre de soutenir une famille.
Son histoire rappelle également que la transmission des compétences, la persévérance et le travail peuvent contribuer à faire tomber les barrières sociales et les préjugés liés au genre.

De Passage à Dabola Alseny Philip Denkè Condé, sékou Mariame Diallo pour le www.Gbaikandjamana.org




