Le Forum international de Niani a été marqué par un moment d’une portée historique exceptionnelle : la sortie solennelle du Sosso Bala, balafon sacré du Mandé, sur la terre même de Niani, ancienne capitale de l’empire du Mali. Un événement rare, hautement symbolique, qui a ravivé la mémoire d’un des plus grands héritages culturels de l’Afrique de l’Ouest.

Cette apparition remarquable a été conduite par Siriman Kouyaté, magistrat à la retraite et 27e balatigui, gardien et maître de cet instrument mythique, considéré comme l’un des plus puissants symboles de l’histoire mandingue.

Dans une intervention empreinte de solennité, le gardien du Sosso Bala est revenu sur les origines de cet héritage ancestral.
Selon l’épopée de Soundiata Keïta, transmise de génération en génération par la tradition orale mandingue, le Sosso Bala remonterait au début du XIIIe siècle. Il aurait appartenu à Soumaoro Kanté, roi du Sosso, avant d’être confié à Balla Fasséké, alors prisonnier et envoyé de Soundiata.

Après sa victoire sur Soumaoro Kanté lors de la célèbre bataille de Kirina en 1235, Soundiata Keïta s’appropria le balafon, qu’il remit à Balla Fasséké Kouyaté, faisant ainsi du Sosso Bala un véritable trophée de guerre, mais surtout un emblème du pouvoir royal et de la grandeur du Mandé.

Depuis cette époque, la garde de l’instrument est assurée par la famille Dokala, descendante de Balla Fasséké, selon une règle stricte de primogéniture attribuant la responsabilité au plus âgé de la branche aînée.

À ce jour, 27 gardiens se sont succédé dans la préservation de ce trésor culturel. Depuis 1930, c’est la famille Dokala de Niagassola qui en assure la conservation.
Siriman Kouyaté a également rappelé que, de l’apogée de l’empire du Mali jusqu’à son déclin progressif au XVIIe siècle, les détenteurs du Sosso Bala ont toujours rempli une mission essentielle : préserver l’instrument, porter la vérité aux dirigeants et transmettre fidèlement cet héritage aux générations futures.

Rare et profondément solennelle, cette sortie du Sosso Bala à Niani revêt une dimension exceptionnelle. Le gardien l’a qualifiée de véritable « pèlerinage », soulignant la force symbolique de ce retour aux sources, rendu possible grâce à la mobilisation des différentes composantes du Mandé venues de Guinée, du Mali et d’autres horizons.
Au-delà de l’émotion suscitée, cette présence historique s’inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation du patrimoine historique et immatériel du Mandé. En 2001, l’UNESCO a proclamé l’espace culturel du Sosso Bala parmi les chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité, avant son inscription en 2008 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Fort de cette reconnaissance mondiale, Siriman Kouyaté a salué une initiative qu’il juge salutaire, appelant à redonner à Niani la place centrale qu’elle occupait dans l’histoire impériale du Mandé, à travers la restauration de ses symboles et la valorisation de ses immenses richesses culturelles.
Par cette sortie historique, le Sosso Bala dépasse largement sa simple dimension musicale pour s’imposer comme un marqueur identitaire puissant, un trait d’union vivant entre passé et présent, entre les peuples du Mandé dispersés à travers la sous-région.
À Niani, le Sosso Bala n’a pas seulement résonné comme un instrument : il a porté l’écho d’une mémoire retrouvée, d’une fierté ravivée et d’une ambition renouvelée : celle de préserver, transmettre et faire rayonner l’héritage du Mandé pour les générations futures.

Souleymane Tata Bangoura pour le www.Gbaikandjamana.org



