Dans le district de Gbèlèye, relevant de la sous-préfecture de Bounouma (préfecture de N’Zérékoré), la cueillette des noix de palme n’est pas qu’une activité agricole : c’est un métier à haut risque, exercé au prix d’efforts physiques intenses et d’une vigilance permanente.

Pour N’Yeréké Kpomy, un jeune grimpeur-cueilleur d’une trentaine d’années, cette réalité constitue pourtant la principale source de revenus pour faire vivre sa famille composée de son épouse et de deux enfants.

Chaque matin, avant même que le soleil ne soit haut, il prépare minutieusement ses équipements : une lance artisanale et une ceinture de sécurité qu’il fabrique et entretient lui-même. « Il faut toujours contrôler les équipements. Si ça casse en hauteur, c’est la chute », explique-t-il, conscient que la moindre défaillance peut lui coûter la vie.
Au-delà des risques physiques, l’activité reste soumise aux fluctuations du marché. Le coût du matériel varie fortement selon la période et la disponibilité de l’huile de palme. « Avant, on achetait le fer de la lance entre 15 000 et 20 000 francs. Ces derniers temps, ça peut monter jusqu’à 80 000 francs en quelques jours », confie-t-il.
Une hausse directement liée à la demande : lorsque le prix de l’huile augmente, les coûts de production suivent la même tendance.
La rémunération dépend essentiellement de la quantité récoltée.
Un régime de noix de palme peut être payé autour de 2 500 francs. « Si tu coupes 30 régimes dans la journée, tu peux gagner un bon montant », précise-t-il. Mais atteindre ce rendement exige force, endurance et surtout courage.

Car les dangers sont constants : chutes accidentelles, blessures graves, ou encore rencontres inattendues avec des serpents perchés dans les palmiers. « Si je vois un serpent, soit je le tue, soit je redescends. Il ne faut jamais forcer si tu ne maîtrises pas la situation », dit-il avec prudence.
Malgré tout, N’Yeréké Kpomy continue, porté par la responsabilité familiale et l’espoir de jours meilleurs. « Il y a de l’argent dedans, mais c’est risqué », résume-t-il simplement.
À Gbèlèye, derrière chaque litre d’huile de palme consommé au quotidien, se cache ainsi le courage silencieux d’hommes qui défient la hauteur et le danger pour survivre — une réalité souvent ignorée, mais essentielle à l’économie locale.

N’Zérékoré, Moussa Moïse Camara, pour le Gbaikandjamana.org



