À quelques jours de la célébration de l’Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois saint de Ramadan, les ateliers de couture en Guinée vivent une période d’intense activité.
Dans plusieurs quartiers, maîtres tailleurs et apprentis enchaînent les heures de travail, parfois sans repos, afin de satisfaire les nombreuses commandes des clients.
Mais derrière cette effervescence, une autre réalité s’impose : la crise de liquidité qui secoue actuellement le pays vient compliquer davantage les préparatifs de la fête, aussi bien pour les artisans que pour leurs clients.
Des ateliers en mode “24h/24” pour sauver la fête
Dans les ateliers de couture, le bruit des machines ne s’arrête presque plus. À l’approche de l’Aïd, les commandes se multiplient, obligeant les couturiers à adopter un rythme de travail exceptionnel.

Pour faire face à l’affluence, certains maîtres tailleurs ont mis en place une organisation tournante entre les apprentis.
« Nous avons deux équipes d’apprentis : si l’une travaille la nuit, l’autre travaille le jour », explique Aboubacar Sidibé, maître tailleur.
Ce système permet aux ateliers de fonctionner pratiquement sans interruption.

Apprenties et apprentis, à l’image de Nantènen Cissé et Djenèbou Keïta, confirment cette cadence soutenue. Malgré la fatigue, tous restent mobilisés sous l’œil vigilant de leurs maîtres, soucieux de livrer des vêtements de qualité à temps.
Si les tenues sont souvent prêtes, encore faut-il pouvoir les récupérer. Et c’est là que la situation se complique.
La Guinée traverse actuellement une grave crise de liquidité, qui perturbe fortement les activités commerciales.
Même lorsque les paiements sont effectués via la monnaie électronique, les clients se heurtent à une difficulté majeure : l’impossibilité de retirer suffisamment d’espèces.

Rencontrée dans un atelier, Nansaba Touré exprime sa frustration :
« Le couturier m’a appelée pour récupérer mes habits, mais je n’ai pas pu retirer d’argent. Pour un retrait de trois millions, si vous trouvez seulement trois cent mille francs, vous avez déjà de la chance. »
Comme elle, de nombreuses clientes, notamment Fanta Condé, se disent désemparées face à cette pénurie de cash, qui perturbe leurs préparatifs de fête.
Les couturiers entre inflation et tensions avec la clientèle
Au-delà du manque de liquidité, les artisans doivent aussi composer avec la flambée du coût de la vie, qui pèse lourdement sur leur activité.

Elhadj Sidy N’Diaye, maître couturier, évoque une situation particulièrement difficile cette année :
« Cette année est différente de la précédente à cause de la hausse du coût de la vie. Le problème de retrait d’argent crée des tensions entre nous et les clients. Pour obtenir de la liquidité, il faut aller à la banque, et c’est très compliqué. »
Malgré ces contraintes, plusieurs couturiers affirment avoir choisi de maintenir leurs tarifs habituels, par solidarité envers les familles guinéennes. Un geste salué par de nombreux clients, dans un contexte où chaque dépense compte.
Entre nuits blanches dans les ateliers, fatigue accumulée et difficultés financières, les couturiers guinéens continuent de se battre pour permettre aux populations de célébrer l’Aïd el-Fitr dans la dignité.
Dans un pays marqué par la vie chère et la rareté du cash, ces artisans apparaissent une fois de plus comme des acteurs essentiels des préparatifs de fête, portés par le courage, l’endurance et le sens du sacrifice.

Mory Faraba Dioumessi pour le www.Gbaikandjamana.org



