En Guinée, une pratique préoccupante semble s’installer dans notre quotidien : celle de la justice populaire amplifiée par les réseaux sociaux. Lorsqu’un voleur présumé est appréhendé, le premier réflexe de certains n’est plus de le conduire devant les autorités compétentes, mais de sortir un téléphone pour filmer, diffuser et commenter la scène en direct.
Dans bien des cas, l’objectif dépasse la simple dénonciation d’un acte répréhensible. Il s’agit parfois de susciter l’émotion, de générer des vues, d’obtenir des partages ou des mentions « j’aime ». Cette quête de visibilité numérique transforme un fait souvent grave en spectacle public. Plus inquiétant encore, certains vont jusqu’à brutaliser le suspect, estimant rendre justice au nom de la communauté.
Pourtant, nul n’ignore qu’il existe des institutions et des lois chargées de traiter ces situations. Se faire justice soi-même n’est pas un acte héroïque ; c’est une infraction susceptible d’entraîner des poursuites judiciaires.Il convient également de rappeler un principe fondamental : la présomption d’innocence.
Toute personne, qu’elle soit accusée de vol, de banditisme ou de trafic de drogue, demeure innocente tant qu’un tribunal ne l’a pas déclarée coupable. Aucune loi n’autorise la diffusion publique de l’image d’un suspect. Exposer ainsi une personne, avant toute décision de justice, constitue une atteinte à ses droits et à sa dignité. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines personnes interpellées sont parfois relâchées après avoir été violentées puis remises aux autorités. En droit, le respect strict de la procédure est essentiel. Une irrégularité peut fragiliser, voire annuler, tout un dossier. On le dit souvent : la forme domine le fond. Autrement dit, la justice ne se rend pas dans la précipitation ni sous l’émotion, mais dans le respect des règles établies.

Respecter la loi, c’est aussi protéger ses propres droits. Car aujourd’hui accusateur, demain victime, nul n’est à l’abri d’une erreur ou d’une dénonciation abusive.La justice doit demeurer l’affaire des institutions compétentes, et non celle de la rue ou des réseaux sociaux. Une société forte n’est pas celle qui punit dans la colère, mais celle qui garantit à chacun un procès équitable.En ce mois de Ramadan, période de retenue, de réflexion et de spiritualité, rappelons-nous que la paix sociale repose avant tout sur le respect de la loi et de la dignité humaine.



