Le tribunal de première instance de Siguiri a examiné, ce vendredi 13 mars 2026, le dossier des cinq personnes interpellées lors d’une opération contre le trafic de carburant à la frontière de Kourémalé et à la station Kourankö Mamby, située à Djoma.

Ces interpellations remontent à la nuit du mardi 10 mars 2026, lorsque le parquet de Siguiri, sous la direction du procureur Dominique Loua, accompagné des forces de défense et de sécurité, avait mené une descente dans cette zone frontalière régulièrement citée dans les réseaux de trafic de carburant vers le Mali.
L’opération avait permis l’arrestation de plusieurs personnes et la saisie de nombreux bidons de gasoil.
Devant le tribunal, Mamadou Djan Diallo, marié et père de deux enfants, comptable résidant à Kourémalé, a reconnu avoir vendu du carburant dans des bidons. Toutefois, il a expliqué ne pas avoir pratiqué de prix anormal, affirmant que la revente dans les bidons avait été autorisée lors d’une réunion regroupant certaines autorités locales, notamment le sous-préfet, le président de la délégation spéciale, les responsables de district et la jeunesse.
De son côté, Mamadou Kenda Diallo, né en 1992 à Dinguiraye et marchand résidant à Kourémalé, a rejeté les accusations. Il a déclaré qu’il ne travaillait pas dans une station-service mais qu’il achetait du carburant pour le revendre aux orpailleurs dans les zones minières, notamment à Boudani. Selon lui, il achetait le bidon à 240 000 francs guinéens pour le revendre à 260 000 francs guinéens.
Fousseny Condé, né en 2004 à Kourémalé et pompiste, a également contesté les faits. Il a affirmé qu’il travaillait à la station de Mamadi Cissé où le litre de carburant était vendu à 12 000 francs guinéens pour les motos et les véhicules, précisant que les bidons retrouvés sur les lieux étaient vides au moment de son interpellation.
Safrein Condé, âgé de 40 ans, peintre résidant à Bananikoro, marié et père de famille, a lui aussi nié toute implication dans le trafic de carburant. Il a expliqué qu’il se trouvait à la station parce qu’il avait été sollicité par Mamadi Cissé pour effectuer des travaux de peinture à la mosquée de la localité. Selon lui, il était hébergé sur place pendant la durée du chantier et n’achetait que de petites quantités de carburant pour sa moto.
Quant à Mamady Camara, né à Kouroussa, apprenti dans le domaine de la chaussure, marié et père de deux enfants, il a affirmé qu’il venait d’arriver pour la première fois à Kourémalé. Il a indiqué qu’il se trouvait assis à la station lorsqu’il a été interpellé par les agents, ajoutant qu’il était venu déposer du carburant avec un véhicule-citerne et qu’il n’était pas impliqué dans la vente.
Au cours de l’audience, le ministère public a requis contre les prévenus une peine de six mois d’emprisonnement dont cinq mois assortis de sursis, ainsi que le paiement d’une amende d’un million de francs guinéens chacun pour vente et transport illicite de carburant.
Après délibération, le tribunal, présidé par le juge Mohamed Lamine Touré, a déclaré les prévenus coupables et les a condamnés à six mois d’emprisonnement dont cinq mois assortis de sursis. La juridiction a également ordonné la saisie de 180 bidons de carburant au profit de l’État.
Ce jugement intervient dans un contexte de pénurie de carburant dans la préfecture de Siguiri, où les autorités judiciaires multiplient les actions pour freiner le trafic vers les zones minières et les pays voisins.
Le parquet prévient déjà que la lutte contre la vente et le transport illicite de carburant se poursuivra dans les zones frontalières, particulièrement à Kourémalé, considérée comme l’un des points sensibles du phénomène.

Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org



