Un ouvrage récemment réalisé sur l’axe routier Kissidougou-Kouroussa présente déjà d’importants signes de dégradation. Situé au PK8, entre les villages de Soriandou et Koïkô-Kourankô, le pont construit sur le fleuve Worofa s’est affaissé, suscitant de vives inquiétudes chez les usagers et les riverains.

Cette situation intervient alors que plusieurs infrastructures routières de la préfecture de Kissidougou connaissent également des difficultés. La dégradation de cet ouvrage met particulièrement en évidence les préoccupations liées à la qualité et à la durabilité de certains travaux routiers.
Le pont concerné s’inscrit dans le cadre du projet d’entretien périodique de la route Kissidougou-Kouroussa, longue d’environ 210 kilomètres. Le projet, engagé en 2021, avait été confié à l’Entreprise Bah Mamadou (EBM). Initialement prévu pour une durée de trois mois, le délai d’exécution a été prolongé à six mois pour la deuxième phase du contrat.

Le coût global des deux phases du projet, correspondant à la tranche ferme et à la tranche conditionnelle, s’élève à 25 199 999 990 francs guinéens.
Pourtant, malgré cet investissement important, l’ouvrage de franchissement présente aujourd’hui des signes préoccupants de déformation. Sur place, les deux culées destinées à soutenir le tablier et à assurer la jonction avec les routes d’accès se sont affaissées, provoquant des dommages sur les dalles.
Les armatures sont également exposées à la corrosion, tandis que le système de remblayage présente une importante défaillance à l’une des extrémités du pont. Une ouverture s’est ainsi créée entre l’ouvrage et la route d’accès, compliquant davantage la circulation.

Interrogé sur la situation, Ibrahima Sangaré, directeur préfectoral des infrastructures de Kissidougou, estime que plusieurs facteurs techniques pourraient expliquer les difficultés rencontrées sur cet ouvrage.
« D’abord, je précise que ce projet routier ne concernait pas que le reprofilage de la route Kissidougou-Kouroussa. Ça incluait également la réalisation de quatre ponts, le curage et l’entretien des dalots. À ma prise de fonction en 2024, les travaux avaient beaucoup avancé. »
Concernant spécifiquement le pont de 12 mètres linéaires situé au PK8, il met notamment en cause les études réalisées en amont.
« Je dirai que l’ingénieur recruté par l’entreprise n’était pas à la hauteur, car c’est la deuxième fois que ce pont est en difficulté. La première fois, c’était pendant sa construction, où la culée et la travée ont été endommagées. En amont, les études topographiques et hydrauliques n’ont pas été bien réalisées. »
Selon le responsable préfectoral, la configuration du site aurait également été insuffisamment prise en compte.
« Le pont se situe un peu comme dans un bassin versant. Il est entre deux villages qui sont en quelque sorte sur la colline. En amont, c’est la jonction des eaux de ruissellement et des eaux du fleuve Worofa, et cela forme un tourbillon. Souvent, en matière d’ouvrage, le problème n’est pas la charge, mais l’ennemi numéro un, c’est l’eau qui va toujours forcer son passage », explique-t-il.

L’affaissement de l’ouvrage a été constaté le dimanche 20 septembre 2026. Selon le directeur préfectoral des infrastructures, les autorités ont rapidement alerté les services compétents.
« J’ai informé le directeur régional des infrastructures de Faranah qui s’est aussitôt rendu à Kissidougou pour constater les dégâts et prendre les mesures qui s’imposaient. Sur-le-champ, nous avons élargi l’information au syndicat des transporteurs ainsi qu’aux forces de défense et de sécurité, tout en interdisant dans un premier temps le passage des véhicules. »
Face à l’urgence, l’entreprise EBM a ensuite envoyé des blocs afin de consolider les remblais et permettre la circulation des véhicules légers. Des panneaux de signalisation ont également été installés pour avertir les usagers de l’état défectueux du pont.
Les autorités ont toutefois demandé à l’entreprise de prévoir la construction d’un nouvel ouvrage.
« Il a été intimé à l’entreprise l’ordre de construire un nouveau pont, cette fois-ci en amont, c’est-à-dire à l’endroit où se trouvait l’ancien. Du coup, le PDG de l’entreprise s’est engagé à réaliser un autre pont avec un grand gabarit, en tenant compte de toutes les exigences en la matière », a déclaré Ibrahima Sangaré.
En attendant la construction du nouvel ouvrage, les usagers et les populations riveraines restent exposés aux risques liés à l’état du pont, particulièrement pendant cette période de fortes pluies.
L’axe Kissidougou-Kouroussa constitue pourtant une importante voie de circulation pour les populations de la région. Il dessert notamment les communes rurales d’Albadariah et de Douakô et facilite les échanges entre plusieurs communautés disposant de marchés hebdomadaires où sont commercialisés les produits locaux.
La situation de ce pont soulève ainsi des interrogations sur la durabilité des travaux réalisés et sur les conditions de suivi technique des infrastructures routières, alors que leur sécurité demeure essentielle pour les populations et les transporteurs.

Karifa Camara pour le www.Gbaikandjamana.org




