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La récente sortie des professionnels de santé de l’hôpital préfectoral de Kouroussa contre leur directeur continue de susciter des réactions.

Parmi les voix qui s’élèvent, celle du médecin lieutenant Abdoulaye Bachir Condé (ABC), du haut commandement de la gendarmerie nationale, direction de la justice militaire, se veut ferme et critique sur la forme comme sur le fond de cette manifestation.
« Plusieurs journalistes m’ont contacté pour avoir mon avis sur la sortie des professionnels de santé contre le directeur de l’hôpital Kouroussa. Je tiens à préciser que la manifestation est un droit, mais la manière dont elle a été menée pose problème », a-t-il déclaré.
Selon lui, les professionnels de santé ne peuvent pas manifester comme n’importe quelle corporation.
« Les docteurs ne sont ni des élèves ni des commerçants. Dans le système sanitaire, il existe une hiérarchie. À Kouroussa, le premier responsable est le Directeur Préfectoral de la Santé (DPS), puis l’Inspecteur Régional de la Santé (IRS). Les revendications devaient être adressées à ces autorités au lieu d’une manifestation publique », explique-t-il.
Le médecin lieutenant estime également que cette sortie est prématurée et suspecte.
« Ils sont sortis manifester trop tôt. Cela donne l’impression qu’il y a autre chose derrière, peut-être un règlement de comptes », a-t-il ajouté.
Sur les différentes revendications avancées par les manifestants, Abdoulaye Bachir Condé se dit peu convaincu.
« Personnellement, une seule revendication me paraît recevable : le manque de respect du directeur envers les agents. Dans tout travail, l’absence de respect est inacceptable. Mais le reste des revendications relève essentiellement d’intérêts financiers. »
Il regrette surtout l’absence totale de référence aux patients.
« Un docteur, quand il parle, sa priorité doit être le patient. Or, dans leurs revendications, aucun mot sur les conditions de travail, l’électricité, la propreté ou l’amélioration des soins. Rien sur les patients. C’est une manifestation d’intérêts, une manifestation d’argent », déplore-t-il.
S’adressant aux populations locales, le médecin lieutenant interpelle directement les résidents de Kouroussa.
« J’invite les sages, les jeunes, les femmes et les ressortissants à prendre leurs responsabilités. Ceux qui sont aujourd’hui à l’hôpital partiront un jour. Les habitants ne doivent pas rester en marge d’un problème qui les concerne directement. »
Il appelle également les autorités à mesurer la gravité du contexte.
« Le moment est très mal choisi. Nous sommes à la veille des élections présidentielles, une période extrêmement sensible. Les docteurs auraient dû attendre après les élections. Agir comme s’il n’y avait aucune autorité à Kouroussa n’est pas une bonne chose. »
Enfin, Abdoulaye Bachir Condé met en garde contre une généralisation dangereuse.
« Si tous les travailleurs des hôpitaux de Guinée sortaient contre leurs directeurs, aucun directeur ne resterait en poste. Chacun a sa part d’ombre. L’inconscience professionnelle existe partout. D’ailleurs, ceux qui accusent aujourd’hui le directeur de Kouroussa ont, pour la plupart, déjà été fautifs et sanctionnés. Il suffit d’aller lire les jugements. »
Pour le médecin lieutenant, cette crise ne saurait être résolue par des manifestations de rue, mais par le respect de la hiérarchie sanitaire, la responsabilité professionnelle et, surtout, la mise au centre de toute revendication : le patient, seul véritable enjeu du système de santé.

Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org
Tel: 620-05-61-56



