Depuis Conakry, de nombreux journalistes me contactent pour connaître mon avis sur la situation préoccupante qui se profile à l’horizon dans ma préfecture natale, Siguiri, autour de l’utilisation des machines poclins dans les zones minières.
Pour rappel, une note circulaire avait été prise pour interdire l’usage des poclins sur les sites miniers du territoire de Siguiri. Cependant, selon plusieurs informations concordantes, les activités auraient repris et commencent à faire grand bruit.
Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient, souvent accompagnées d’accusations graves visant plusieurs personnalités, notamment le nouveau préfet de Siguiri, le nouveau commandant de bataillon, ainsi que le commandant Billy Nankouman Konaté, entre autres.
Plus inquiétant encore, j’ai appris que certains envisageraient de sortir le 15 janvier pour manifester, avec des appels à l’incendie de pneus et à des actions violentes, propos tenus dans des groupes WhatsApp.
Il faut le dire clairement : les citoyens ont le droit d’exprimer ce qu’ils considèrent comme anormal dans la gestion de leur préfecture. Et oui, si la destruction de l’environnement par les machines poclins est avérée, cela fait mal.
Très mal. Une telle pratique ne profite à personne. Ceux qui se battent pour la protection de l’environnement mènent un combat noble, et personne ne peut remettre cela en cause.
Mais le véritable problème réside dans la manière de défendre cette cause. La violence ne règle rien. Brûler des pneus ou bloquer les carrefours ne sauvera ni Siguiri ni son environnement. C’est pourquoi je lance un appel sincère au calme, en particulier à la jeunesse.
Je suis moi aussi fils de Siguiri. Personnellement, je n’accepterai jamais que notre environnement soit détruit. Toutefois, la façon de mener le combat pour sa protection doit changer. Il est important de comprendre que les autorités que certains accusent ne sont pas forcément les véritables responsables.
Inch’Allah, à mon retour de Conakry, si la jeunesse de Siguiri organise une réunion, j’y participerai volontiers.
J’y prendrai part non pas en tant que gendarme, mais en tant que jeune et fils de Siguiri. Il est temps d’arrêter les accusations systématiques contre le préfet, le maire ou les autorités militaires.
Disons-nous la vérité : ce sont souvent nous-mêmes, les fils de Siguiri, qui détruisons notre environnement. Pendant que certains mènent une lutte commune, d’autres se cachent pour continuer à dégrader nos terres, alors que nous sommes tous issus de la même jeunesse.
Je prie la jeunesse de comprendre que ce n’est ni la manifestation violente ni l’incendie des carrefours qui constituent la solution aujourd’hui.
Nous voyons tous les conséquences : la poussière, la dégradation de notre cadre de vie. Notre souhait doit être d’en finir avec cette situation, pas de l’aggraver davantage.
La véritable solution, c’est le dialogue. Il faut organiser des rencontres, se dire la vérité en face et interpeller tous les présidents de districts.
À travers certaines investigations que j’ai menées, notamment sur la présence de ressortissants burkinabè dans les mines, j’ai compris une réalité troublante : sans complicité locale, rien ne peut se faire. Ce sont parfois nos propres frères qui détruisent Siguiri, avant de rejeter la faute sur les autorités administratives et militaires.
Dans mes enquêtes, certains m’ont expliqué ce qu’ils paient au niveau des bureaux de district, des bureaux de jeunes, des impôts ou encore de l’environnement.
J’ai même vu des ressortissants étrangers détenir des cartes d’identité nationale guinéennes. La question est simple : comment cela est-il possible sans complicités internes ?
Siguiri a besoin de vérité, de responsabilité et de paix, pas de violence. Protéger l’environnement est un devoir collectif, mais ce combat ne peut être gagné que par le dialogue, la lucidité et le courage de reconnaître nos propres responsabilités.
Sans cela, nous continuerons à détruire nous-mêmes la terre que nous prétendons défendre.

Abdoulaye Bachir Condé



