Le Tribunal de première instance de Siguiri a repris, ce mardi 7 avril 2026, les audiences criminelles dans une affaire de grand banditisme impliquant plusieurs prévenus poursuivis pour des faits présumés de vol à main armée et d’association de malfaiteurs entre Kankan et Siguiri.
Parmi les accusés appelés à comparaître figure Laye Moriba Condé, alias “Boutiquier”, poursuivi pour avoir, selon l’accusation, soustrait frauduleusement plusieurs biens à Kankan et à Siguiri en compagnie de Mohamed Cissé alias “Gaspi”, à l’aide d’une arme à feu, et pour association de malfaiteurs, notamment dans le secteur de Kèfuna.
À la barre, le prévenu a fermement contesté les faits qui lui sont reprochés. Dans une longue déclaration, Laye Moriba Condé a expliqué avoir été interpellé à la suite d’un appel de son frère, présenté comme militaire, qui lui aurait simplement demandé de le suivre sans lui donner d’explications.
« J’étais à la maison. Mon frère m’a appelé pour me dire de le suivre. Je lui ai demandé ce qu’il y avait, il m’a dit qu’il devait d’abord demander à son patron, sinon il risquait de perdre son travail. Nous sommes allés au camp à Kankan. À notre arrivée, il y avait les agents de la DPJ. Ils m’ont remis à leur disposition, et c’est ainsi que je me suis retrouvé ici », a-t-il déclaré devant le tribunal.
Le prévenu affirme n’avoir jamais mis les pieds à Bouré, contrairement à ce qui serait évoqué dans cette affaire remontant, selon lui, à 2023. Il soutient également n’avoir jamais manipulé d’arme à feu, ni de près ni de loin.
« Moi, je ne suis jamais arrivé à Bouré. Je ne connais pas ces accusations. Depuis que je suis né, je n’ai jamais touché une arme, ni même vu ce dont on parle. Je ne connais ni Messi, ni Kalach. En aucun cas je n’ai porté une arme », a-t-il insisté.
Toujours selon ses déclarations, son frère lui aurait plus tard expliqué que les enquêteurs avaient constaté qu’il communiquait fréquemment avec Lui , ce qui aurait conduit à sa localisation et à son interpellation.
Laye Moriba Condé a par ailleurs profité de sa comparution pour dénoncer des conditions de détention particulièrement difficiles, évoquant des tortures, des transferts successifs entre plusieurs services de sécurité et l’absence d’assistance d’un avocat au cours de l’enquête.
Selon son récit, il aurait été conduit de la DPJ de Kankan vers plusieurs unités de la BAC, notamment à Kindia, Mamou et Labé, avant d’être finalement ramené à Kankan, tout en subissant des violences physiques.
« On nous torturait, on serrait les menottes sur mes bras. Mon grand frère n’a même pas pu me voir. J’ai passé deux jours à la DPJ dans une chambre noire où on ne voyait rien. Je mangeais une seule fois dans la journée », a-t-il confié à la barre.
Après l’audition du prévenu, le tribunal, présidé par le juge Mohamed Lamine Touré, a décidé de renvoyer l’examen du dossier au mercredi 8 avril 2026 pour la suite des débats.
Cette reprise des audiences criminelles à Siguiri met déjà en lumière une affaire sensible, mêlant graves accusations, dénégations catégoriques et dénonciations de mauvais traitements en détention.
Le rendez-vous du mercredi 8 avril s’annonce donc décisif pour la manifestation de la vérité dans ce dossier qui continue de captiver l’attention du public.

Siguiri/ Alseny Philip Denkè Condé, Sékou Mariame Diallo et Mory Faraba Dioumessi pour le www.Gbaikandjamana.org




