LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Depuis plusieurs semaines, Siguiri vit au rythme d’une pénurie de carburant qui ne dit pas son nom. Dans les stations, les files interminables s’étirent à l’aube et se prolongent jusqu’à la tombée de la nuit.
Les mototaxis, taxis-tricycles et véhicules particuliers patientent pendant des heures pour espérer obtenir quelques litres seulement. Le carburant, devenu denrée rare, se négocie désormais au prix fort dans les rues, loin des pompes officielles.
Cette crise n’est pas seulement une rupture d’approvisionnement. Elle est le révélateur d’un système fragile, d’une organisation déficiente et d’une population abandonnée à elle-même.
Chaque rupture met à genoux des milliers de familles dont le revenu dépend du transport : mototaxis, conducteurs de tricycles, petits commerçants, agriculteurs… Tous voient leurs activités ralentir, leurs dépenses augmenter et leur pouvoir d’achat s’effondrer.
Dans les quartiers, l’indignation est palpable. Les habitants dénoncent un manque de communication, une absence totale de plan d’urgence et, surtout, une incapacité chronique à anticiper. Comment expliquer qu’une préfecture minière, productrice d’une grande partie des richesses nationales, soit régulièrement plongée dans des crises aussi basiques que le manque de carburant ?
Le paradoxe saute aux yeux : Siguiri nourrit l’État, mais peine à se nourrir elle-même.
Pendant que les citoyens souffrent, les spéculateurs prospèrent. Sur le marché noir, les prix flambent, créant une économie parallèle qui ne fait qu’accroître la détresse populaire. À chaque crise, ce sont toujours les mêmes qui payent : ceux qui n’ont ni réseau, ni privilège, ni moyens.
Et pourtant, malgré la colère, Siguiri résiste.
La ville continue de bouger, de travailler, de se battre. Les habitants s’organisent, se solidarisent, trouvent des solutions temporaires, mais la question demeure : jusqu’à quand devront-ils supporter cette répétition d’erreurs et cette absence de responsabilité ?
Il est temps que les autorités locales et nationales prennent la pleine mesure de la situation. Gérer la Guinée, c’est aussi garantir aux citoyens l’accès régulier au carburant — pas seulement en temps normal, mais surtout en période de tension.
L’économie de Siguiri, sa mobilité, sa vie quotidienne dépendent de décisions claires, de mécanismes de contrôle stricts et, surtout, d’une volonté politique réelle.
Sans cela, la crise de carburant restera un cycle infernal…
Un cycle dont Siguiri, malgré sa résilience admirable, ne pourra éternellement se relever.

Tribune: Mory Faraba Dioumessi journaliste




