Le tribunal de première instance de Siguiri a rendu son verdict ce vendredi 13 mars 2026 dans l’affaire des personnes interpellées à la station Kourankö Mamby, à Djoma, pour vente et transport illicites de carburant.
Dans ce dossier, Sékou Sangaré, Mamadi Keïta, Abase Keïta, Fara Martin et Konteden Douno ont été poursuivis après leur interpellation à la station Kourankö Mamby, en pleine période de tension autour de la distribution du carburant.
Au total, 11 bidons de carburant ont été saisis par les agents.
À la barre, Sékou Sangaré, né en 1992 à Siguiri, gérant de la station Kourankö Mamby à Djoma, domicilié à Missiran, marié et père de deux enfants, a rejeté toute implication dans les faits.
Il a déclaré :
« Je ne reconnais pas les faits. Je suis le gérant de la station Kourankö Mamby à Djoma. Chaque matin, je fais des entretiens de cinq minutes avec les pompistes avant de rentrer au bureau. Entre-temps, l’inspecteur de la SONAP est venu me dire que le procureur avait demandé de ne pas servir du carburant dans les bidons. J’ai immédiatement informé mes pompistes. Après quelque temps, un agent est venu frapper à ma porte pour me dire que mes pompistes vendaient de l’essence dans les bidons à un prix élevé. C’est comme ça que j’ai été interpellé, simplement parce que je suis le gérant de la station. Pourtant, j’avais donné les consignes, mais ils n’ont pas suivi mes instructions. »
Mamadi Keïta, né en 1975 à Niagassola, orpailleur domicilié à Kollen Boma, marié et père de huit enfants, a reconnu les faits qui lui sont reprochés, tout en tentant de se justifier.
Il a expliqué :
« Je reconnais avoir mis du carburant dans les bidons, mais ce n’était pas pour moi. C’est quelqu’un qui m’a envoyé acheter ce carburant et qui m’a remis 40 millions de francs guinéens pour cela. J’ai été interpellé à la station de Kourankö Mamby. »
De son côté, Abase Keïta, né en 1993 à Siguiri, pompiste, marié à deux femmes et père de deux enfants, a fait des déclarations particulièrement lourdes de conséquences.
À la barre, il a affirmé :
« J’ai servi du carburant dans les bidons. Les autorités ont interpellé au moins 11 bidons ce jour-là à la station Kourankö Mamby. Avec le vieux Mamadi Keïta, j’avais servi 15 bidons. Habituellement, je revends entre 280 000 et 300 000 francs guinéens. »
Fara Martin, né en 1990 à Guéckédou, marié et père de deux enfants, a pour sa part tenté d’expliquer les circonstances de sa présence sur les lieux.
Il a raconté :
« J’étais à la maison quand j’ai appris qu’il y avait une crise de carburant. Je suis parti avec ma moto tricycle à la station Kourankö Mamby. J’ai garé mon engin sur le côté et j’ai pris un bidon de 5 litres pour avoir du carburant. Ensuite, je suis parti chercher quelque chose dans une boutique. À mon retour, j’ai trouvé des bidons dans mon tricycle. J’ai demandé qui avait mis ces bidons dans mon tricycle et on m’a montré le vieux Mamadi Keïta. J’ai demandé qu’on les enlève, mais c’est à ce moment-là que les agents sont venus nous interpeller. »
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les faits de vente illicite de carburant étaient suffisamment établis à l’encontre des prévenus concernés.
Le parquet a requis :
« De les retenir dans les liens de la prévention de vente illicite de carburant et, pour la répression, de les condamner à 6 mois d’emprisonnement, dont 5 mois assortis de sursis, ainsi qu’au paiement d’une amende d’un million de francs guinéens chacun. »
Le ministère public a également demandé :
« La libération de Sékou Sangaré. »
Après délibération, le juge Mohamed Lamine Touré a rendu sa décision.
Le magistrat a prononcé :
« Le tribunal, statuant publiquement, renvoie Sékou Sangaré des fins de la poursuite pour délit non constitué. En conséquence, il est relaxé. Les autres prévenus sont condamnés à 6 mois d’emprisonnement, dont 5 mois assortis de sursis, soit un mois de prison ferme. Les 11 bidons saisis sont confisqués au profit de l’État. »
Ainsi, Sékou Sangaré a été relaxé, tandis que les autres prévenus ont été condamnés à six mois de prison, dont cinq mois avec sursis, soit un mois ferme, avec en plus la confiscation des 11 bidons saisis.
Ce jugement intervient dans un contexte de crise de carburant, marqué par des pratiques spéculatives, la flambée des prix et la multiplication des ventes parallèles dans plusieurs localités.
À travers cette décision, la justice de Siguiri envoie un signal clair : la vente illicite et le transport frauduleux de carburant ne seront plus tolérés, surtout en période de pénurie.
À Djoma, ce procès restera comme un avertissement sévère : quand le carburant devient une marchandise de spéculation, la justice, elle, finit toujours par faire le plein de sanctions.

Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org



