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Je vous invite à y prêter attention : en passant par des villages autrefois très actifs dans l’agriculture et l’élevage, il est aujourd’hui devenu rare de voir des jeunes travailler dans les champs pour cultiver du riz ou d’autres produits vivriers.
Même ceux qui s’y rendent encore ne consacrent plus assez de temps pour entretenir correctement les cultures et assurer un bon suivi.
Ils préfèrent passer leurs journées dans les cafés-bars ou à “la base”, à débattre de sujets souvent inutiles, à discuter, à regarder des matchs de football ou tout simplement à passer le temps. Je le dis parce que j’ai moi-même passé des journées et des nuits dans ces villages.
Ce changement de comportement a contribué à l’augmentation de la misère et de la famine dans nos localités rurales. Sinon, comment expliquer les conditions de vie misérables de nos parents dans les villages ?
Chaque année, les mêmes réalités se répètent.Et pourtant, dans un passé encore très récent, ce sont ces petits villages qui ravitaillaient les grandes villes en produits agricoles. Aujourd’hui, la situation s’est inversée : on achète du riz importé en ville pour nourrir nos familles restées au village.
Ce qui est encore plus alarmant, c’est que même les produits de base comme les aubergines, les tomates, les patates douces, le manioc, l’oignon, le gombo, et bien d’autres ne sont presque plus cultivés dans beaucoup de nos zones rurales. Une triste réalité.Face à cette situation, il serait facile de jeter la faute sur les jeunes. Mais les causes sont nombreuses et complexes.
L’agriculture rapporte peu, alors que les jeunes cherchent des revenus rapides. De plus, elle demande beaucoup d’efforts physiques, surtout en l’absence de machines. Il ne faut pas non plus oublier le manque de soutien en semences améliorées et en outils de travail , le coût élevé et fluctuant de la main-d’œuvre ; le manque de vulgarisation des opportunités en agro-business ; l’absence de politique agricole durable ciblant la jeunesse ; le manque de vision et de patience chez certains jeunes, attirés par le luxe et l’argent facile.

Selon des ingénieurs agronomes et agents de développement local, voici ce qu’il faudrait pour inciter les jeunes à s’engager davantage dans l’agriculture et l’élevage :Mettre en place des micro-crédits ou fonds rotatifs pour acheter semences, engrais et équipements agricoles ; Instaurer un système d’achat structuré et garanti de la production, pour éviter les pertes ; Introduire des semences améliorées à cycle court ; Former les jeunes à l’agro-transformation pour augmenter la valeur ajoutée des produits ; Créer des parcelles de démonstration pour montrer des résultats concrets ; Organiser des compétitions agricoles entre villages avec des prix attractifs ; Valoriser les jeunes agriculteurs à travers les radios locales, les réseaux sociaux et les événements communautaires ; Créer des coopératives de jeunes pour mutualiser les coûts, partager le matériel et mieux négocier les prix ; Et surtout, lier agriculture et entrepreneuriat, en formant les jeunes au marketing agricole et à la gestion d’entreprise.
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En attendant de grandes actions de l’État dans ce sens, c’est bien cette réalité qui prévaut dans nos villages. Comme pour dire que le secteur primaire est véritablement malade.
Par Moussa TOURÉ



