Le « ressortissant » occupe une place de choix. Qu’il soit haut fonctionnaire de la capitale, opérateur économique prospère ou intellectuel de la diaspora, il est celui sur qui repose l’espoir. Il est celui qui, par son carnet d’adresses et ses moyens, doit apporter le forage, l’école ou l’unité. Mais aujourd’hui, un phénomène toxique s’installe : le ressortissant-solution s’est mué, par endroits, en ressortissant-pyromane.
Le rôle originel du ressortissant est celui d’un pont entre l’administration centrale et la base. Pourtant, pour de nombreux cadres, la localité d’origine n’est plus un sanctuaire à protéger, mais un échiquier politique ou un terrain de démonstration de force.
Au lieu de fédérer les énergies pour le développement, certains utilisent leur influence pour diviser. Le mécanisme est souvent le même : pour s’assurer une mainmise sur les ressources ou les votes, ils exacerbent les clivages ancestraux, réveillent des querelles foncières endormies ou opposent les générations.
Dans un village situé en haute Guinée, sur la route nationale Kankan–Siguiri, les ressortissants à qui, l’on pouvait porter l’espoir pour réunir les filles et fils de cette localité, qui a tant connue la division, sont aujourd’hui les premiers qui possèdent les allumettes pour la brûler. Ils se forment en association pour justifier leur sens du patriotisme, en réalité, c’est eux les premiers maux dont souffre le village, le mal est profond.
Dans ce petit village situé à proximité du fleuve Milo, ce sont les ressortissants qui font tête à sa notabilité à la justice, parce que son plan de détruire toute une communauté n’a pas été soutenue par ladite notabilité, ils se félicitent d’être vainqueurs dans un procès qu’ils auraient achetés à l’avant. Le pire, comment peut-on comprendre que ceux qui se disent intellectuels, riches et hommes d’affaires de la capitale, puissent en profiter de leur situation pour ridiculiser les valeurs traditionnelles ? À l’époque, tout se gérait dans un vestibule bien connu de tous, aujourd’hui, c’est le tribunal qu’ils choisissent.
Il est temps que les communautés cessent d’être les otages des ambitions démesurées de leurs fils « réussis ». Être un ressortissant, ce n’est pas seulement construire une villa imposante dans un village sans eau potable ; c’est d’abord cultiver la paix, le ciment sans lequel aucune brique de développement ne peut tenir.
Le véritable leader n’est pas celui qui allume le feu pour montrer qu’il sait l’éteindre, mais celui qui apporte l’eau avant même que l’étincelle ne jaillisse. Le développement de nos localités ne se fera pas avec des « généraux » de salon qui sèment la discorde, mais avec des bâtisseurs de consensus.

Par Mohamed DIANÉ, journaliste et homme de lettres.



