Nous, qui sommes issus des écoles guinéennes c’est à dire de la maternelle à l’université et plus particulièrement de celles situées à l’intérieur du pays, sommes souvent obligés de fournir cinq fois plus d’efforts pour prouver notre niveau face aux diplômés des écoles de la capitale, et dix fois plus face à ceux formés à l’étranger.
En Guinée, la réputation de l’école prime malheureusement sur les compétences et sur le niveau réel d’étude. Cette réalité influence les processus de recrutement et désavantage les diplômés de l’intérieur du pays, compte tenu de l’évolution actuelle de notre système professionnel.
Le diplômé de l’Université de Kankan a moins de chances d’être recruté que celui qui détient un diplôme de Koffi Annan. Et, de la même manière, celui de Koffi Annan a moins de chances d’être retenu face à un diplômé d’une université comme la Sorbonne. Cela, même si le choix se limitait uniquement aux diplômes.Il arrive même que deux personnes occupant les mêmes fonctions aient des traitements salariaux et des privilèges largement différents. C’est souvent le cas chez certains nouveaux recrutés dans les universités.
Dans de nombreux bureaux, les personnes qui ont étudié en Occident sont placées à des niveaux difficilement concurrençables, hautement sollicités, même lorsque leurs compétences réelles ne correspondent pas toujours aux attentes. Toutes les tâches techniques leur sont presque automatiquement confiées, parfois simplement parce qu’ils ont présenté un CV prestigieux ou qu’ils s’expriment avec un accent français qui impressionne.Pourtant, bien souvent, avant leur arrivée, d’autres collègues accomplissaient déjà ces mêmes tâches sans jamais obtenir reconnaissance, tout cela en raison du statut moins valorisé de leurs diplômes.
Dans plusieurs services, les diplômés des universités guinéennes souffrent en silence de cette discrimination implicite. C’est pourquoi nous, titulaires de diplômes guinéens, en particulier ceux issus des universités régionales, devons redoubler d’efforts pour acquérir des compétences qui n’ont pas toujours été développées durant notre cursus universitaire.

Notre système actuel de sélection, fondé davantage sur le nom des écoles que sur les compétences réelles, mérite d’être repensé et rééquilibré. La compétence ne devrait jamais être jugée à l’étiquette d’un diplôme, mais à la capacité réelle de produire du travail de qualité.
Par Moussa TOURÉ



