LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Depuis un certain temps, les réseaux sociaux de Siguiri et d’ailleurs sont devenus le terrain d’une guerre invisible : celle de la désinformation.

Des pages, souvent anonymes ou manipulées, se livrent à une véritable campagne d’intoxication contre les autorités préfectorales, communales et administratives. Sous couvert d’« informer », elles diffusent des rumeurs, des mensonges et des récits déformés, semant la haine, la méfiance et la division dans nos communautés.
Ces pages qui se présentent comme des médias citoyens ne cherchent plus à informer, mais à inciter à la violence, à provoquer des affrontements et à alimenter la colère populaire. À la moindre tension — qu’il s’agisse d’un incident sécuritaire, d’un conflit local ou d’une manifestation — elles s’empressent de publier des informations non vérifiées, des montages vidéos ou des audios sortis de leur contexte.
Certaines vont jusqu’à accuser sans preuve, désigner des coupables, ou appeler à des représailles, au mépris de la responsabilité sociale et morale qu’impose la parole publique.
C’est ainsi que naissent les rumeurs, et avec elles, les tensions et parfois même les drames.
Mais il faut aussi le dire sans détour : certains journalistes portent une part de responsabilité.
Dans un contexte où la course à la “première publication” a remplacé la rigueur du terrain, beaucoup se contentent désormais de copier des vidéos de désinformation, de partager des audios viraux, ou de relayer des publications partisanes sans jamais vérifier leur authenticité.
Le journalisme, ce n’est pas “partager”, c’est chercher, vérifier et expliquer.
Quand un journaliste choisit la facilité plutôt que le terrain, il trahit sa mission première : informer pour construire, pas pour détruire.
Le rôle du journaliste, c’est d’éclairer, pas d’attiser la colère.
Rester à la maison et publier du “n’importe quoi” à partir de rumeurs numériques, c’est participer, consciemment ou non, à la désinformation.
Il est temps que chacun prenne conscience de sa part de responsabilité.
Les administrations locales doivent communiquer plus vite et plus clairement pour éviter le vide informationnel que les rumeurs exploitent.
Les citoyens doivent apprendre à vérifier avant de partager.
Et les journalistes, eux, doivent retrouver la rigueur, le courage et l’éthique qui donnent sens à leur métier.
Car chaque mot publié compte.
Chaque mensonge partagé alimente la haine.
Et chaque silence complice tue un peu plus la vérité.
Nous devons refuser d’être les instruments de la manipulation.
Les crises que traverse notre pays ne se résoudront pas par les mensonges ou la violence, mais par la lucidité, la rigueur et le dialogue.
La désinformation n’est pas une opinion : c’est un poison.
Et celui qui l’utilise, consciemment ou non, devient complice du chaos qu’elle engendre.

Par Alseny Philip Denkè Condé
Hommes de Lettres/ Journaliste Groupe Gbaikandjamana Média
Tel: 623-18-39-60



