LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
C’est devenu une véritable tendance. Chaque jour, à travers des cérémonies organisées à coups de millions, et sur les réseaux sociaux, nous voyons partout dans le pays, différentes entités appelant le Chef suprême de la Transition à se présenter à la prochaine élection présidentielle.
Certains vont même jusqu’à collecter de l’argent, pour payer la caution du Général.À Siguiri, on parle d’un kilo d’or déjà offert. À N’Zérékoré, les femmes auraient réuni 900 millions de francs. À Kankan, les jeunes auraient donné un milliard sans compter les mouvements de soutien et les contributions d’individus.
Mais en allant plus en profondeur, certaines questions méritent d’être posées. Comment ces femmes de N’Zérékoré et ces jeunes de Kankan ont-ils pu s’organiser et mobiliser de telles sommes sans que le reste de la population n’en soit informé ? Ont-ils réellement ouvert des comptes bancaires pour ces collectes ? Et si oui, ces comptes existent-ils vraiment dans les registres des banques concernées ? Les relevés peuvent-ils prouver l’existence de ces montants ?
Pendant ce temps, ces mêmes femmes de N’Zérékoré crient chaque jour à l’aide dans les marchés. Elles réclament des moyens pour s’autonomiser, incapables de financer des projets de 5 à 10 millions de francs.
Comment comprendre alors qu’elles puissent subitement mobiliser des centaines de millions ? Les jeunes, eux, souffrent d’un chômage endémique. Ils cherchent désespérément des financements pour concrétiser leurs projets. Et pourtant, on nous dit qu’ils ont pu donner un milliard de francs guinéens au Président de la République ?
Si tout cela est vrai, alors nous sommes victimes de nous-mêmes. Ne soyons plus surpris si nos partenaires au développement cessent de nous prendre au sérieux, que ce soit pour un emploi ou un financement. Car, à travers ces actions, nous donnons l’image d’un peuple capable de tout, même de contradictions. Le peuple qui réclame chaque jour l’eau, l’électricité et des infrastructures décentes serait-il ce même peuple qui cotise des sommes colossales pour offrir de l’argent à celui qui est censé résoudre ses problèmes ?
Les personnes cachées derrière ces initiatives ne servent pas l’intérêt du peuple. Elles décrédibilisent notre pays pour leurs intérêts personnels. Et demain, après les élections, ne soyons pas surpris si nos véritables préoccupations ne sont pas prises en compte.
Aujourd’hui, un milliard de francs guinéens semble n’avoir aucune valeur lorsqu’il s’agit d’organiser des campagnes, des mouvements de soutien ou des mobilisations politiques.
Pourtant, cette même somme pourrait aider des centaines de femmes et de jeunes à devenir autonomes. Elle pourrait aussi construire ou rénover des écoles, des postes de santé ou des forages.

Notre Guinée est un pays pauvre… avec une population qu’on veut faire passer pour riche.Changeons nos mentalités, et ayons enfin le courage de regarder la vérité en face.
Par Moussa TOURÉ



