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Il y a vingt-huit ans disparaissait Mobutu Sese Seko, figure emblématique et controversée de l’histoire africaine contemporaine. Tyran sanguinaire pour ses détracteurs, allié fidèle de l’Occident pour ses protecteurs, l’homme au léopard incarne les paradoxes d’une époque où la Guerre froide dictait les alliances et où la démocratie était souvent sacrifiée sur l’autel de la stabilité stratégique.
En 1965, dans un contexte d’instabilité chronique, Mobutu s’empare du pouvoir au Congo, qu’il rebaptise Zaïre en 1971. Ce geste symbolique de « l’authenticité » devait marquer la rupture avec l’héritage colonial belge et affirmer une identité nationale nouvelle. Mais derrière cette façade de souveraineté, le régime s’enlise rapidement dans un autoritarisme implacable, mêlant culte de la personnalité, corruption systémique et répression brutale de toute contestation.
L’immense territoire zaïrois, doté d’un sous-sol parmi les plus riches du monde — cuivre, cobalt, diamants, or, uranium — aurait pu devenir un moteur de prospérité et d’unité. Mais Mobutu, incapable de transformer ces ressources en développement inclusif, a plutôt renforcé une économie de prédation au service de son clan et de ses soutiens internationaux. Sous sa férule, l’État s’est peu à peu désintégré, au point que l’on parlait du Zaïre comme d’un « État kleptocratique ».
Paradoxalement, cette dérive ne l’empêcha pas de jouir d’un appui solide des puissances occidentales, notamment les États-Unis, la France et la Belgique. Dans le contexte de la Guerre froide, Mobutu apparaissait comme un rempart contre le communisme en Afrique centrale. Ainsi, malgré ses abus, il fut longtemps courtisé et soutenu, preuve éclatante que les principes démocratiques pouvaient céder devant les impératifs géopolitiques.
Sa chute, amorcée dans les années 1990, coïncida avec l’effondrement du bloc soviétique et la montée des pressions internes pour la démocratisation. Abandonné par ses parrains traditionnels et affaibli par la contestation populaire, Mobutu fut emporté par la guerre menée par Laurent-Désiré Kabila, soutenue par les voisins du Zaïre. Le « léopard » dut s’exiler et mourut en 1997, laissant derrière lui un pays fracturé, livré au chaos et aux convoitises extérieures.
Vingt-huit ans après sa disparition, Mobutu reste un symbole ambigu : celui d’un dirigeant qui a incarné, avec faste et brutalité, la dérive de nombreux régimes africains postcoloniaux. Entre ambition nationaliste et soumission aux logiques de la Guerre froide, il a échoué à bâtir un État viable et à unir durablement son peuple. Son héritage pèse encore sur la République démocratique du Congo, qui peine toujours à sortir des démons du mobutisme : fragmentation politique, corruption et gouvernance fragile.

Analyse faite par Cheick Sékou BERTHE.



