Depuis plusieurs semaines, la Guinée fait face à une crise de liquidité qui perturbe fortement le quotidien des citoyens. Difficultés de retrait, rareté des espèces, transactions ralenties… la situation devient de plus en plus pesante pour de nombreux Guinéens.
Pendant que les autorités défendent une orientation vers la monnaie électronique, présentée comme une solution moderne visant à limiter la circulation des billets de banque et à réduire les risques d’insécurité, sur le terrain, les avis restent profondément partagés.
Dans la matinée de ce lundi 6 avril 2026, la rédaction de Gbaikandjamana.org, à travers l’un de ses reporters, est allée à la rencontre des citoyens de Dubréka pour recueillir leurs impressions sur cette transition vers les paiements électroniques.
Sur place, plusieurs personnes interrogées estiment que, dans le contexte actuel, la monnaie électronique est loin d’être une solution immédiate et adaptée à la réalité guinéenne.

Abdourahime Bah, conducteur de taxi, reconnaît que l’initiative peut être bénéfique à long terme, mais juge son application prématurée :
« C’est une bonne chose, mais le niveau de vie du Guinéen n’est pas encore arrivé à ce stade. Il y a un très grand nombre de Guinéens qui ne savent ni lire ni écrire, donc cela constitue une barrière.
La monnaie électronique est certes une solution, mais pour le moment, il est préférable qu’on nous donne la liquidité. Notre monnaie est déjà trop faible, c’est un autre facteur aggravant. Nous demandons donc, pour l’instant, le retour de la liquidité, le temps que tout le monde s’habitue », a-t-il expliqué.

Même son de cloche chez Aboubacar Sylla, qui dénonce les complications pratiques auxquelles sont confrontés les usagers, notamment dans le transport :
« Ce que je vois dans cette situation, ce n’est qu’une complication. Imaginez un passager qui te doit 3 000, 4 000 voire 5 000 francs guinéens : comment peut-il faire un transfert pour un si petit montant ? C’est très difficile. Et pour les retraits aussi, les difficultés sont énormes. Quand tu viens pour un montant élevé, souvent tu ne trouves pas. Nous demandons donc aux autorités de trouver une autre alternative », a-t-il indiqué.

Pour sa part, Mohamed Bangoura insiste sur le manque de préparation de la population face à cette mutation numérique :
« Le Guinéen n’est pas habitué à la monnaie électronique. En plus, certains ne sont pas instruits pour savoir comment effectuer un transfert. De l’autre côté, les arnaqueurs peuvent profiter de la situation pour semer le désordre. Nous demandons donc, pour le moment, une campagne de sensibilisation avant de procéder à cela, et surtout de favoriser la liquidité dans l’immédiat », a-t-il déclaré.
À Dubréka, comme dans plusieurs autres localités du pays, la transition vers la monnaie électronique apparaît donc comme un chantier encore fragile, confronté à des réalités sociales, économiques et éducatives qui ne peuvent être ignorées.
Entre modernisation du système financier et exigences du vécu quotidien, les citoyens de Dubréka lancent un message clair aux autorités : oui à l’innovation, mais pas au prix de la survie économique immédiate. Tant que la sensibilisation, l’inclusion numérique et l’accès effectif aux services ne seront pas garantis, la liquidité restera, pour beaucoup, la seule monnaie de confiance.

Amadou Djogo
Pour le www.Gbaikandjamana.org



