La Guinée semble progressivement s’engager sur une pente préoccupante, où les tensions politiques et les querelles d’opinions risquent de fragiliser davantage le vivre-ensemble et la cohésion sociale.
Un phénomène, de plus en plus visible sur les réseaux sociaux, mérite aujourd’hui une attention particulière : la montée d’un activisme de circonstance, nourri par la flatterie politique et l’illusion d’une influence supposée sur le sommet de l’État.
Depuis quelque temps, certains individus se sont autoproclamés défenseurs exclusifs du président de la République et de son entourage. Armés uniquement de téléphones et de directs sur les réseaux sociaux, ils se présentent comme des relais incontournables du pouvoir, au point de croire qu’ils détiennent un droit moral de juger, d’insulter, d’intimider ou de désigner des ennemis imaginaires de la nation.

Le schéma est désormais bien connu : toute personne qui n’affiche pas un soutien inconditionnel au chef de l’État est immédiatement cataloguée comme adversaire, voire ennemie du pays.
Une logique dangereuse qui nourrit la méfiance, fracture les relations humaines et creuse inutilement des fossés entre citoyens partageant pourtant une même nationalité, mais des opinions politiques différentes.
Le plus inquiétant reste cette culture de l’intimidation qui s’installe peu à peu dans le débat public. Des personnes sans véritable culture du débat démocratique, souvent dépourvues des outils intellectuels nécessaires à une analyse nuancée des enjeux nationaux, s’érigent en procureurs des consciences.
Hier encore cantonnés aux discussions de quartiers ou aux débats improvisés entre amis, certains se découvrent aujourd’hui une autorité virtuelle qui les pousse à attaquer indistinctement cadres, citoyens, administrateurs locaux et même familles entières.
Le résultat est alarmant : des amitiés de longue date se brisent, des relations sociales se détériorent et un climat de suspicion gagne progressivement du terrain. Il devient parfois risqué d’exprimer une opinion divergente sans être immédiatement accusé de trahison ou d’hostilité envers le chef de l’État.
Pourtant, une question fondamentale mérite d’être posée : qui a donné à ces influenceurs autoproclamés le monopole du patriotisme ? Depuis quand soutenir un président signifie-t-il insulter, menacer ou exclure ceux qui pensent autrement ?
Le paradoxe est saisissant. Pendant que le président de la République multiplie les appels à l’unité nationale et à la cohésion entre les Guinéens, certains de ses prétendus soutiens travaillent, consciemment ou non, à semer la division pour des intérêts personnels, parfois motivés par la quête de privilèges ou d’avantages financiers.
Plus troublant encore, ces voix tapageuses semblent parfois bénéficier d’une proximité inquiétante avec certains centres de décision, au point d’exercer des pressions sur des responsables locaux et de se croire au-dessus des institutions.
Une démocratie ou un État organisé ne peut fonctionner sous la dictée des réseaux sociaux ni sous l’influence d’acteurs qui prospèrent dans l’invective et la polarisation.
La Guinée mérite mieux que des tribunaux populaires numériques.
Notre pays a besoin d’un débat public responsable, d’une justice forte et d’institutions respectées. La véritable force d’une nation ne réside ni dans les menaces sur Facebook ni dans les insultes diffusées en direct, mais dans la capacité de ses citoyens à cohabiter malgré leurs différences.
Il est temps de remettre de l’ordre dans le débat public. Défendre un président ne doit jamais signifier diviser un peuple.

Par Souleymane Kato Camara, journaliste




