L’interdiction des emballages et objets en plastique à usage unique doit entrer en application en Guinée à partir du 20 septembre 2026. Présentée comme une mesure destinée à réduire la pollution liée aux déchets plastiques, elle soulève déjà des préoccupations à Kankan, particulièrement chez les producteurs d’eau en sachets, les vendeurs, les livreurs et les ménages à faibles revenus.
La mesure a été annoncée à travers un arrêté conjoint, lu le samedi 12 septembre à la télévision nationale par Faya François Bourouno, ministre porte-parole du gouvernement. À Kankan, plusieurs habitants reconnaissent la nécessité de lutter contre l’accumulation des déchets plastiques. Mais à l’approche de l’entrée en vigueur, les interrogations portent surtout sur les solutions de remplacement et leur accessibilité.
À Kankan, le secteur de l’eau conditionnée en sachets représente une source de revenus pour de nombreux opérateurs et travailleurs.

Sory Kaba Sanoh, président de l’Association des producteurs d’eau minérale de Kankan, indique que la préfecture compte 123 unités de production d’eau en sachets, employant chacune au moins cinq personnes.
Pour lui, l’application de l’interdiction sans mesure d’accompagnement pourrait avoir des conséquences sur l’emploi.
« Nous avons appris la nouvelle concernant l’interdiction des plastiques à usage unique. C’est une bonne nouvelle pour l’environnement, mais depuis lors, nous ne sommes pas tranquilles parce que nous ne connaissons pas un autre travail que la production d’eau. »
Le responsable rappelle également les investissements engagés par les opérateurs du secteur. Selon lui, certaines machines utilisées dans les unités de production peuvent coûter plus de 35 millions de francs guinéens.
« Nous nous sommes beaucoup préparés avant cette décision pour améliorer notre production. Et maintenant, on nous demande d’arrêter. C’est compliqué. Si l’État pouvait nous accompagner avec des machines adaptées afin que nous puissions continuer à travailler, ce serait une bonne chose », plaide-t-il.
L’une des alternatives envisagées est la production d’eau dans des bidons. Mais cette option ne semble pas, pour l’instant, facilement accessible à tous les producteurs.
Selon Sory Kaba Sanoh, les équipements nécessaires nécessitent une alimentation électrique importante. Or, les producteurs d’eau en sachets disposent généralement de groupes électrogènes dont la capacité ne permettrait pas toujours de faire fonctionner ces installations.
Il affirme par ailleurs que seuls cinq producteurs seraient actuellement spécialisés dans l’eau conditionnée dans des bidons à Kankan. Ces opérateurs seraient eux-mêmes confrontés à des difficultés d’approvisionnement en contenants, qui doivent être acheminés depuis Conakry.
Chez les consommateurs, la question du prix revient régulièrement dans les témoignages recueillis.
À Kankan, certains habitants estiment que l’eau en sachet reste une solution accessible pour les personnes disposant de faibles revenus.

Zakariya Barry explique que le passage du sachet au bidon pourrait représenter une dépense supplémentaire pour certaines familles.
« Interdire les plastiques en Guinée est difficile, compte tenu des conditions économiques des citoyens. Personnellement, je peux boire beaucoup d’eau dans la journée. Le sachet d’eau coûte 500 francs guinéens, alors que l’eau dans le bidon peut coûter 5 000 francs. Pour une famille, ce n’est pas facile. »

Même constat pour Lanciné Kaba. Tout en reconnaissant les effets négatifs des déchets plastiques sur l’environnement, il estime que le coût de l’alternative constitue un véritable problème.
« C’est normal d’interdire les plastiques à usage unique, vu leurs conséquences sur l’environnement. Mais pour l’eau en sachet, il faut comprendre que beaucoup de personnes n’ont pas les moyens d’acheter l’eau en bidon. »
Il propose qu’une solution de remplacement soit développée à un prix proche de celui de l’eau actuellement vendue en sachet.
« Si l’eau pouvait être vendue dans un contenant alternatif au même prix de 500 francs, ce serait une bonne solution. »
Les inquiétudes ne concernent pas uniquement les producteurs. Plusieurs personnes gagnent également leur vie grâce au transport, à la distribution et à la vente de l’eau en sachets.

Kémo Condé, chauffeur-livreur, affirme exercer cette activité depuis plusieurs années. Il craint de perdre son emploi si l’interdiction entraîne l’arrêt de la production d’eau en sachets.
« Je fais la livraison d’eau avec un véhicule depuis très longtemps. C’est mon travail. Si les plastiques à usage unique sont interdits, ce sera compliqué pour moi parce que je risque de me retrouver directement au chômage. »
Selon lui, son activité lui permet de desservir quotidiennement plusieurs dizaines de clients.
« Je peux livrer chez plus de 60 clients par jour et, à la fin du mois, je suis payé. Je demande donc à l’État de trouver une solution pour ne pas nous envoyer au chômage. »

Les vendeuses ambulantes sont également concernées. Nanaba explique avoir choisi ce commerce parce qu’il nécessite peu de moyens financiers.
« Je vends l’eau en sachets parce que je n’ai pas les moyens de travailler avec l’eau en bidon. Les gens préfèrent parfois l’eau en sachet. Quand il fait chaud, je peux vendre plus de 30 sachets dans mon panier. »
Pour elle, une hausse importante du prix de l’eau pourrait réduire sa clientèle et affecter directement ses revenus.
Au marché Dibida, les commerçantes réclament des solutions de remplacement
Dans les marchés de Kankan, les emballages plastiques sont également utilisés quotidiennement pour remettre les marchandises aux clients.

Au marché Dibida, Mariamagbè Chérif affirme ne pas avoir encore reçu suffisamment d’informations sur la mesure.
« Je ne suis pas au courant du retrait des plastiques à usage unique en République de Guinée. Mais si c’est vrai, ce sera compliqué pour nous. Quand les clients achètent quelque chose, nous le mettons dans un sachet plastique pour le leur donner. S’il n’y a plus de sachets, comment allons-nous faire ? »
Elle souhaite que les autorités proposent des emballages alternatifs dont le prix resterait abordable.

Une autre commerçante, Mariame Traoré, partage cette préoccupation.
« On dit d’interdire les plastiques à usage unique, mais chez nous, les clients n’acceptent pas toujours de prendre un produit sans sachet. Si l’État nous propose une autre solution au même prix que le plastique, ce sera bon pour nous. »

Mariame Fakoly, elle aussi commerçante au marché Dibida, estime pour sa part que la lutte contre les déchets plastiques pourrait également créer des activités économiques autour de leur récupération.
Elle cite notamment son expérience au Mali, où elle dit avoir observé des personnes rémunérées pour collecter les déchets plastiques.
««Je suis allée au Mali. Là-bas, les plastiques sont ramassés par des vieilles femmes qui sont payées. Chez nous, personne ne paie les gens pour ramasser les plastiques. »
Elle plaide ainsi pour la mise en place d’un système permettant de transformer les déchets en source de revenus.
«« Nous demandons au président de la République de mettre en place un moyen de recyclage des plastiques. Tout le monde pourrait faire son mieux pour récupérer les déchets et gagner de l’argent avec. »
Face au problème des déchets plastiques, les autorités communales annoncent plusieurs initiatives.

Ibrahima Condé, vice-président de la commission chargée de l’assainissement et de l’hygiène publique de la mairie de Kankan, affirme que la commune prévoit notamment d’installer des poubelles dans les concessions et les commerces.
« La mairie est en train de mettre des dispositions en place pour lutter contre les déchets plastiques à Kankan. Il sera question d’installer des poubelles dans les concessions familiales et les boutiques afin que les citoyens puissent y déposer les déchets après avoir consommé de l’eau. »
Les déchets ainsi collectés devraient ensuite être acheminés vers les sites de dépôt. La mairie prévoit également des campagnes de sensibilisation.
« Nous allons faire ce travail de lutte contre les déchets plastiques pour que Kankan soit la meilleure commune de la République de Guinée », affirme-t-il.
Du côté de l’Agence nationale de l’assainissement et de la salubrité publique, les sachets d’eau sont considérés comme un problème majeur dans la gestion quotidienne des déchets.

Maimouna Kaba, cheffe de l’antenne régionale de l’ANASP, estime que les opérations de ramassage doivent être accompagnées d’un changement de comportement des populations.
« Nous avons obtenu des résultats satisfaisants dans la gestion des plastiques et des autres déchets. Mais, dans l’assainissement, nous rencontrons beaucoup de difficultés avec les sachets d’eau en plastique à usage unique. Ils sont partout et constituent l’un des plus grands défis. »
Elle insiste sur la nécessité de sensibiliser les citoyens.
« Il ne faut pas se limiter à la collecte. Il faut également sensibiliser la population. Les plastiques sont des déchets qui ne se dégradent pas facilement. Nous avons donc besoin de la participation des citoyens pour rendre la ville propre. »
Pour connaître les mesures envisagées par les services déconcentrés de l’État dans la région de Kankan avant l’entrée en vigueur de l’interdiction, l’inspecteur régional de l’Environnement a été sollicité. Il n’a toutefois pas accordé d’interview.
Sur le terrain, à quelques jours du 20 septembre, aucune disposition spécifique et clairement visible concernant l’application de l’interdiction n’était encore observable dans la région de Kankan, selon les constatations effectuées.
La mesure place ainsi les acteurs locaux face à plusieurs enjeux : réduire la pollution plastique, préserver les emplois liés à la filière de l’eau en sachets, garantir l’accès à une eau abordable et proposer des alternatives aux commerçants.
À Kankan, le débat ne semble donc pas porter uniquement sur le bien-fondé de la lutte contre les déchets plastiques. Pour de nombreux citoyens rencontrés, la principale question reste celle de la transition : quelles alternatives seront disponibles, à quel prix et avec quel accompagnement pour les personnes dont les revenus dépendent aujourd’hui des plastiques à usage unique ?

Mariame Koulibaly pour www.gbaikandjamana.org




