À Kissidougou, la rentrée scolaire 2026-2027 se déroule sur fond de tensions entre parents d’élèves et responsables d’établissements privés. Plusieurs parents dénoncent une hausse qu’ils jugent excessive des frais de scolarité, estimant que les montants exigés deviennent de plus en plus difficiles à supporter pour les familles.

Selon ces parents, certaines écoles privées procéderaient à des augmentations importantes des frais d’écolage à chaque rentrée scolaire, sans véritable concertation. Ils déplorent également ce qu’ils considèrent comme le silence des autorités locales face à une situation qui, selon eux, fragilise davantage les ménages.
Avec la reprise effective des cours le lundi 5 octobre 2026, de nombreux parents se retrouvent toutefois contraints de se conformer aux exigences financières des établissements privés afin de permettre à leurs enfants de poursuivre leur scolarité.
C’est notamment le cas de dame Fanta Millimouno, mère de trois enfants scolarisés dans deux établissements privés différents. Elle dit être particulièrement préoccupée par le poids financier que représentent ces frais.
« Vraiment, c’est devenu insupportable pour nous, les parents d’élèves. Mais que faire ? Nous n’avons pas le choix. Cette situation nous met à genoux financièrement. L’affaire des écoles privées est devenue un fonds de commerce à Kissidougou. À chaque rentrée scolaire, il faut s’attendre à une nouvelle augmentation. »
Elle détaille les montants qui lui sont réclamés cette année : 1 200 000 francs guinéens pour son fils en 9e année, dont 500 000 francs comme première tranche, 600 000 francs pour sa fille en maternelle et 850 000 francs pour une autre fille en 4e année.
« Comparativement à ce que j’ai payé l’an passé pour les trois enfants, il y a une grande différence. Chaque année, c’est comme ça. C’est pourquoi nous avons beaucoup dénoncé cette situation pour alerter les autorités, qui doivent prendre leurs responsabilités et jouer leur rôle d’arbitre. Pour cette année, c’est déjà fait, mais vous allez voir que l’année prochaine, ce sera encore pire. Nous sommes vraiment à bout de souffle et nous sollicitons l’implication des autorités, surtout de la mairie », a-t-elle déploré.
Du côté des fondateurs d’écoles privées, réunis au sein d’une coordination préfectorale, on affirme être conscient des difficultés rencontrées par les parents.
Mais les responsables des établissements mettent également en avant les nombreuses charges auxquelles ils doivent faire face pour assurer le fonctionnement de leurs écoles.

M. Kémoko Camara, alias Kémolass, président de la coordination préfectorale des fondateurs d’écoles privées de Kissidougou, revient d’abord sur les démarches engagées avec les autorités communales.
« Notre association vient de voir le jour grâce à l’implication de monsieur le DPE, qui a souhaité que toutes les écoles privées se regroupent au sein d’une coordination. À date, nous n’avons pas encore l’adhésion de tous les fondateurs, mais les efforts sont en cours pour identifier ces écoles et les sensibiliser afin qu’elles adhèrent. Nous avons un statut et un règlement intérieur. »
Selon lui, une première rencontre avec la commission éducation de la commune urbaine de Kissidougou s’est tenue le 17 septembre 2026 autour de la question des frais de scolarité. Une seconde rencontre aurait ensuite été organisée à la veille de la rentrée scolaire, avec la participation de plus de 70 fondateurs d’écoles privées.
« Les autorités communales avaient demandé que nous maintenions la scolarité aux mêmes taux que l’année passée. Mais nous avons répondu que cette demande était tardive, puisque la rentrée administrative avait déjà commencé et que beaucoup d’écoles avaient déjà lancé les inscriptions et réinscriptions. Concrètement, ce n’était plus réalisable. Nous avons donc suggéré de poursuivre les discussions dans le cadre de l’année prochaine. »
Le président de la coordination reconnaît toutefois que certaines écoles pourraient pratiquer des tarifs excessifs.
« Je ne peux pas nier le fait qu’il y ait des écoles qui exagèrent dans la fixation des prix. Si les autorités repèrent une école qui est dans l’excès, elles peuvent m’informer et nous allons la faire venir à la raison », assure-t-il.
Kémoko Camara évoque également les difficultés financières auxquelles les fondateurs doivent faire face, notamment à l’approche de chaque rentrée scolaire.
« En tant que fondateurs, nous sommes sensibles à ce que traversent les parents d’élèves. Mais il faut reconnaître que nous aussi, nous faisons face à d’énormes difficultés financières pour l’entretien et le fonctionnement de nos écoles. Nous sommes souvent contraints de débloquer de fortes sommes pour préparer la rentrée scolaire. Il y a notamment l’achat des manuels, le recrutement et la gestion financière des enseignants, sans compter la réparation du mobilier. »
Il affirme par ailleurs que certains établissements accordent des facilités aux familles.
« Personnellement, je fais des marges de tolérance, surtout avec les parents crédibles. Par exemple, je fais une réduction de 10 % pour les parents qui ont deux enfants ou plus. Pour l’échelonnement des paiements, je m’adapte également aux possibilités des parents. Donc, rien n’est fantaisiste et ce n’est nullement par mauvaise foi. Parfois, nous avons simplement les mêmes difficultés », s’est-il défendu.
Selon certains responsables de la commune urbaine de Kissidougou, les discussions se poursuivent entre la commission éducation et la coordination des écoles privées afin de parvenir à une meilleure régulation des frais de scolarité.
Mais pour plusieurs observateurs, il sera difficile de modifier substantiellement les tarifs en pleine année scolaire, alors que les inscriptions sont déjà effectuées et que les cours ont commencé.
Une question demeure donc : les négociations entre les autorités locales et les fondateurs d’écoles privées permettront-elles de trouver une solution durable pour les prochaines rentrées scolaires ?
Affaire à suivre.

Kissidougou Oumar camara, pour Le Gbaikandjamana média




