Le parquet reconnaît des failles dans la procédure et promet de cibler désormais les véritables trafiquants
Trente-neuf individus arrêtés le 30 septembre 2026 dans le cadre d’une opération antidrogue menée sous le pont Milo, à Kankan, ont recouvré la liberté ce mercredi 4 novembre 2026. Cette décision fait suite à leur comparution devant le Tribunal de première instance de la ville, où les juges ont constaté l’absence d’éléments matériels susceptibles de justifier leur maintien en détention.
L’affaire trouve son origine dans une initiative du procureur de la République, Ibrahima I. Camara, qui avait ordonné l’interpellation de ces personnes dans le cadre d’une vaste campagne de répression du trafic et de la consommation de stupéfiants dans cette zone de la ville. L’objectif affiché était clair : assainir un secteur identifié comme un point de ralliement pour les usagers et revendeurs de chanvre indien.
Cependant, l’audience de mercredi a mis en lumière des lacunes importantes dans la constitution des dossiers soumis à la justice. La majorité des prévenus présentés au tribunal n’ont pas été appréhendés en possession du produit illicite. Plus préoccupant encore, aucun scellé n’a été produit pour corroborer les accusations portées contre eux.
Devant cette situation, le ministère public n’a pas cherché à dissimuler les défaillances de l’enquête. « Après les débats, il s’est avéré que la majeure partie de ceux qui ont comparu aujourd’hui à la barre n’ont pas été pris en possession de chanvre indien. Il n’y avait pas non plus de scellés dans les dossiers. Or, lorsqu’il n’y a pas suffisamment de preuves, le tribunal est en droit de renvoyer les personnes des fins de la poursuite », a déclaré le magistrat avec une franchise remarquable.
Ibrahima I. Camara a également dressé un constat préoccupant sur le profil de certains prévenus. Plusieurs d’entre eux présentaient, selon ses observations, des troubles apparents du comportement, tandis que d’autres se trouvaient en situation de sans-domicile-fixe. Ces éléments ont manifestement pesé dans l’appréciation du tribunal quant à la pertinence des poursuites engagées.
Le procureur a reconnu sans détour que les officiers de police judiciaire et les services du parquet n’avaient pas réussi à rassembler les éléments matériels indispensables pour étayer les accusations. Une autocritique rare qui témoigne de la complexité des opérations de lutte contre le narcotrafic.
Loin de renoncer à son combat contre les stupéfiants, le ministère public entend tirer les leçons de cet échec procédural.

Ibrahima I. Camara a annoncé un renforcement du travail des services compétents afin d’identifier et d’interpeller les véritables acteurs du trafic.
« Nous allons rechercher les véritables auteurs, ceux qui se procurent ces stupéfiants, les transportent et viennent les vendre ici, afin d’interpeller les bonnes personnes », a-t-il assuré, soulignant la nécessité d’une approche plus rigoureuse.
Le magistrat a par ailleurs insisté sur l’impératif de veiller, lors des prochaines opérations, à ce que les interpellations soient systématiquement accompagnées de preuves matérielles, notamment des produits saisis et placés sous scellés. Une exigence élémentaire de procédure pénale qui, de toute évidence, avait été négligée dans cette affaire.
Cette décision judiciaire illustre avec acuité les exigences inhérentes à toute procédure pénale digne de ce nom. Une interpellation, aussi légitime soit-elle dans son intention, ne saurait suffire à établir la culpabilité d’une personne. Les accusations doivent impérativement être étayées par des éléments de preuve suffisants, collectés dans le respect des règles de procédure.
Le tribunal de Kankan, en renvoyant ces 39 personnes des fins de la poursuite, n’a fait qu’appliquer un principe cardinal du droit : la présomption d’innocence. Si l’objectif de lutte contre le trafic de stupéfiants demeure une priorité légitime pour les autorités, il ne peut être atteint au détriment des garanties fondamentales offertes à tout citoyen.
Cette affaire servira sans doute de leçon aux services d’enquête, appelés désormais à conjuguer efficacité opérationnelle et rigueur procédurale. Car c’est à ce prix que la justice pourra véritablement remplir sa mission : protéger la société tout en respectant les droits de chacun.

Lamarana Barry pour www.gbaikandjamana.org





