Pourquoi faut-il attendre la mort pour reconnaître la valeur d’un homme ?
C’est une question qui dérange, mais qui mérite d’être posée dans une société où l’hommage semble souvent réservé aux absents. Combien sont-ils, ces hommes et ces femmes, ignorés de leur vivant, mais soudainement célébrés dès l’annonce de leur disparition ?
Le phénomène est presque devenu une norme. Le jour du décès, les langues se délient, les témoignages affluent, et même les plus silencieux d’hier se découvrent une admiration inattendue pour le défunt. Ceux-là mêmes qui, autrefois, minimisaient ses efforts, voire entravaient son parcours, se transforment en fervents laudateurs.
Il y a là une contradiction profonde. Pourquoi tant de retenue face au vivant, et tant de générosité dans les mots face au disparu ? Est-ce la peur de reconnaître la réussite d’autrui ? Est-ce l’orgueil qui empêche d’applaudir tant que l’autre respire encore ?
Plus troublant encore : l’indifférence qui entoure souvent ceux qui traversent des moments difficiles. Qu’il s’agisse d’épreuves financières ou sanitaires, beaucoup choisissent le silence, voire la distance. Mais une fois la mort survenue, les mêmes n’hésitent pas à mobiliser énergie et ressources pour organiser des obsèques dignes.
Ce paradoxe interroge notre rapport à l’autre. Pourquoi investir dans l’adieu ce que l’on a refusé d’offrir en soutien, en reconnaissance ou en humanité ? Il ne s’agit pas ici de condamner l’hommage, encore moins de remettre en cause les traditions funéraires.
Il s’agit plutôt de questionner nos priorités. Car au fond, la véritable reconnaissance ne devrait-elle pas s’exprimer du vivant de celui qui la mérite ? Valoriser, encourager, soutenir… ces gestes simples ont bien plus de sens lorsqu’ils parviennent à celui qui peut encore les recevoir.
Peut-être est-il temps de renverser cette logique. De célébrer les vivants avec autant de sincérité que nous pleurons les morts. D’exprimer notre gratitude sans attendre qu’il soit trop tard.
Car un hommage, aussi beau soit-il, ne remplacera jamais une main tendue au bon moment.
Aimons-nous vivants.

Par Saidou KOUROUMA Journaliste Reporter d’Images



