Le Procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, séjourne actuellement dans la préfecture de Kankan dans le cadre d’une mission consacrée au recensement des domaines appartenant à l’État.

Le 23 septembre, une rencontre s’est tenue dans la salle de réunion de la préfecture de Kankan, en présence du procureur spécial, des conseillers communaux, des chefs des 57 quartiers de la commune urbaine, ainsi que de députés de Kankan et de leur collègue de Kissidougou.
Les échanges ont principalement porté sur la situation des domaines et équipements relevant du patrimoine de l’État dans la commune. À cette occasion, les techniciens de l’Habitat et les chefs de quartiers ont été invités à établir, dans les meilleurs délais, un état des lieux des domaines concernés, en tenant compte des démarches et opérations antérieures.

Au lendemain de cette rencontre, Michel Pivi, conseiller communal et chargé de la communication de la commune urbaine de Kankan, a salué l’arrivée de cette mission. Il affirme toutefois que la mairie actuelle ne disposerait pas d’un état précis des domaines de l’État hérités des précédentes administrations.
Selon lui, les chefs de quartiers ont été invités à présenter, dans un délai de six heures, la situation des domaines de l’État situés dans leurs quartiers respectifs.
« Nous avons reçu le Procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright. Il a demandé aux chefs de quartiers de faire l’état de leur quartier, c’est-à-dire de présenter les domaines de l’État qui s’y trouvent », explique-t-il.
Michel Pivi affirme également que cette question avait déjà été soulevée lors d’une session ordinaire de la mairie, sans qu’une réponse précise ne soit apportée.
Il dénonce par ailleurs une situation qu’il juge préoccupante dans la gestion du foncier à Kankan.
« Aujourd’hui, 80 % de la population de Kankan sont devenus des démarcheurs. Vous ne trouverez pas une portion de terre à Kankan qui peut coûter 25 millions de francs guinéens, tout est dans les centaines de millions », soutient-il.
Le responsable de la communication de la mairie affirme également que plusieurs espaces initialement destinés aux équipements publics auraient été vendus.
« On ne peut même pas trouver un équipement de l’État où on peut construire une école, un marché ou un hôpital dans les quartiers périphériques. À Missiran Mobile, ils ont besoin d’un marché, mais on ne trouve pas une place de l’État. Au quartier Bordeaux, on ne trouve pas un lieu où construire un centre de santé », déclare-t-il.
Michel Pivi va plus loin et met directement en cause le fonctionnement des services de l’Habitat. Il affirme que certains documents fonciers auraient été falsifiés, tout en estimant que les services de l’Habitat constituent un maillon essentiel dans la régularisation des opérations foncières.
« Le plus grand problème, c’est l’Habitat. C’est là-bas que les documents sont falsifiés. Ce sont les seuls agents habilités à régulariser les choses », affirme-t-il.
Ces accusations, qui mettent en cause un service administratif, n’ont toutefois pas pu être confirmées indépendamment.
Selon Michel Pivi, les conflits domaniaux constitueraient aujourd’hui une part importante des problèmes auxquels Kankan est confrontée.
« Les 90 % des problèmes de Kankan sont les conflits domaniaux », affirme-t-il.
Il évoque également la difficulté rencontrée, selon lui, pour trouver des terrains destinés aux logements sociaux, estimant que certains espaces autrefois réservés à l’État ont progressivement été appropriés par des particuliers.
« Les anciens lieux des colons sont appropriés par des citoyens, alors que normalement, c’est pour l’État », déplore-t-il.
L’initiative du procureur spécial reçoit également un accueil favorable de certains citoyens.

Alhassane Dialawassa Kanté estime que le recensement peut permettre de mieux identifier les réserves foncières destinées aux infrastructures publiques.
« À chaque découpage, il y a des domaines qui sont réservés à l’État pour la construction d’un lieu public, d’un marché, d’un centre de santé. Sinon, des projets peuvent venir et échapper à la ville par manque de place », explique-t-il.
Pour lui, les citoyens doivent également contribuer à l’identification de ces espaces.
« Tout le monde doit signaler les domaines de l’État, qu’ils soient vendus ou pas, pour qu’on comprenne que c’est pour le pays, qui les a vendus et pourquoi », ajoute-t-il.
Face aux accusations formulées par Michel Pivi concernant notamment une supposée falsification de documents au niveau de l’Habitat, nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre Abdoulaye Sacko, directeur préfectoral par intérim de l’Habitat à Kankan. Nos appels sont restés sans suite.
Nous nous sommes également rendus dans les locaux de la direction préfectorale de l’Habitat. Le secrétariat nous a indiqué que le responsable était occupé et qu’il ne disposait pas de son numéro de téléphone.
Contacté à son tour pour connaître les raisons précises de sa mission à Kankan et recueillir sa réaction sur les différents sujets évoqués, le Procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a indiqué ne pas être disponible pour répondre aux questions de la presse.
Dans la soirée, plusieurs chefs de quartiers contactés sous couvert d’anonymat ont indiqué avoir commencé à dresser la situation foncière de leurs quartiers. Ils affirment toutefois que certains domaines appartenant à l’État auraient déjà été vendus, tandis que d’autres seraient encore disponibles.
La mission de recensement engagée à Kankan devra donc permettre de déterminer avec précision l’état du patrimoine foncier de l’État dans la commune, mais aussi de faire la lumière sur le statut des espaces déjà attribués ou occupés.

Lamarana Barry pour www.gbaikandjamana.org




