.La tension reste vive dans le district de Sèkè Kolenda, en préfecture de Siguiri, quelques jours après un conflit frontalier meurtrier opposant des habitants guinéens à ceux du district de Danka, en République du Mali.

Face à cette situation préoccupante, le gouverneur de la région administrative de Kankan, Aly Badra Camara, s’est rendu sur place ce lundi 13 avril 2026, à la tête d’une importante délégation, aux côtés du préfet de Siguiri et sous haute sécurité.

Cette visite s’inscrit dans un contexte particulièrement sensible. Le mercredi 8 avril 2026, un affrontement lié à l’exploitation d’un site minier contesté a coûté la vie à un jeune Guinéen, tandis qu’un autre a été blessé. En réaction, les femmes de Kolenda sont massivement descendues dans la rue le dimanche 12 avril pour exprimer leur colère et exiger justice ainsi que des mesures fortes des autorités.

Sur le terrain, le président du district de Sèkè Kolenda, Daouda Doumbouya, a porté la voix de sa communauté, insistant sur la gravité de la situation et l’urgence d’une solution durable. Selon lui, la présence du gouverneur est la preuve qu’un seuil critique a été franchi.
« La présence du Gouverneur témoigne qu’il s’est réellement passé quelque chose de grave concernant l’un de nos concitoyens. (…) Le message que les sages et l’ensemble du village m’ont chargé de transmettre est clair : nous prônons la paix avec nos frères du Mali, mais il est impératif que la frontière soit clairement délimitée. Cela fait plus de 43 ans que ce conflit persiste autour de ce site minier, sans que nous n’ayons jamais pris les armes », a-t-il déclaré.

Il a également dénoncé une situation récurrente d’abandon de terres par les populations locales face aux incursions de leurs voisins maliens, même lorsque ces zones relèvent du territoire guinéen. Pour lui, seule une délimitation officielle, matérialisée par un bornage, pourrait prévenir de nouvelles violences.

Dans son intervention, le gouverneur Aly Badra Camara a tenu à exprimer la compassion des plus hautes autorités de l’État, tout en appelant au calme et à la retenue.
« Nous sommes ici pour partager la douleur avec la famille du défunt et toute la population. Le Président de la République, à travers le ministre de l’Administration du territoire, nous a chargés de vous transmettre ses condoléances. L’État veille sur ses citoyens et met tout en œuvre pour résoudre cette situation », a-t-il affirmé.

Tout en condamnant fermement l’acte qu’il qualifie de « crime inhumain », le gouverneur a souligné que les circonstances de cette tragédie soulèvent de nombreuses interrogations, évoquant notamment des motivations qui pourraient dépasser le simple cadre de l’exploitation artisanale de l’or.

Il a, par ailleurs, exhorté les populations à faire preuve de patience et de vigilance, assurant que des démarches sont en cours au plus haut niveau pour trouver une issue définitive à ce conflit frontalier récurrent.
Malgré ces assurances, l’absence de réaction concrète du côté malien, notamment après les démarches entreprises par le préfet de Siguiri, continue d’alimenter les inquiétudes et la frustration des habitants de Kolenda.

Entre douleur, colère et appels à la paix, Kolenda se retrouve aujourd’hui à un tournant décisif : sans une délimitation claire et consensuelle de la frontière, ce conflit latent risque de basculer dans une spirale incontrôlable, mettant en péril la coexistence fragile entre deux peuples pourtant liés par l’histoire et la géographie.

Siguiri/ Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org



