Le Tribunal de première instance a examiné, ce jeudi 26 février 2026, le dossier d’Aminata Mansarey, 45 ans, veuve et mère de trois enfants, et de Jeanette Koumba N’Gegba, divorcée et mère de deux enfants.
Les deux ressortissantes sierra-léonaises sont poursuivies pour détention illicite de drogues à haut risque, notamment dix plaquettes de cocaïne, saisies à la frontière de Kouremalé.
Leur arrestation avait été rendue publique le vendredi 12 juillet 2024, lors d’une conférence de presse des services de sécurité. Interpellées alors qu’elles tentaient de franchir la frontière en direction du Mali, les deux femmes ont comparu pour livrer leur version des faits.« Je cherchais à sortir ma famille de la souffrance »
À la barre, Aminata Mansarey a reconnu les faits. Elle explique résider à Freetown et affirme que tout serait parti d’une rencontre dans un restaurant avec son amie Jeanette.« Un jeune homme est venu nous proposer de la cocaïne à vendre. J’en ai parlé à une connaissance du nom de Fatoumata, qui m’a dit que si j’achetais, je pourrais revendre et obtenir de l’argent pour me lancer dans le commerce », a-t-elle déclaré.
Selon son récit, elle aurait vendu son congélateur et d’autres biens personnels pour réunir les fonds nécessaires, achetant cinq plaquettes au prix de 2 500 000 Léonce l’unité. Son amie Jeanette en aurait acquis également cinq, portant le total à dix plaquettes.
Ne connaissant pas d’acheteur direct, elles auraient été mises en contact, par l’intermédiaire de Fatoumata, avec un supposé correspondant basé au Ghana. Celui-ci leur aurait indiqué l’itinéraire à suivre pour acheminer la marchandise.
Les deux femmes auraient quitté Freetown, traversé Pamalap et Conakry, où elles ont passé la nuit chez la sœur de leur intermédiaire, avant de poursuivre vers Siguiri, puis Kouremalé, avec l’intention de rallier Bamako.
Arrivées à quelques mètres du poste de contrôle frontalier, elles auraient été approchées par des conducteurs de taxi-moto leur proposant d’éviter le contrôle en contournant le poste, faute de documents en règle.
C’est à ce moment, selon elles, qu’un agent de police serait intervenu pour les conduire au poste de contrôle. La fouille permettra la découverte des dix plaquettes de cocaïne.
D’après leurs déclarations, la marchandise devait être revendue à 300 dollars la plaquette à leur contact au Ghana.
En larmes, Aminata Mansarey a sollicité la clémence du tribunal :« J’ai perdu mon mari. J’ai la charge de mes trois enfants et de mes parents. Je regrette profondément. Je voulais seulement trouver un capital pour faire du commerce. »
Une carte d’identité guinéenne au cœur des débats
Jeanette Koumba N’Gegba a confirmé l’essentiel des déclarations de sa coaccusée, affirmant avoir agi pour subvenir aux besoins de ses deux enfants, qu’elle dit ne plus recevoir de soutien de leur père.Interrogée sur la possession d’une carte nationale d’identité guinéenne, elle a expliqué l’avoir obtenue grâce à une concessionnaire d’origine guinéenne, basée à Freetown et originaire de Forécariah.
Elle soutient avoir sollicité ce document pour faciliter ses déplacements commerciaux en Guinée, où elle souhaitait acheter des marchandises à revendre en Sierra Leone.
Elle a également plaidé le pardon du tribunal, affirmant qu’il s’agissait de leur « première implication » dans une telle affaire.Dix ans requis, verdict attendu en avril.
Après plusieurs heures de débats, le ministère public a requis dix ans de réclusion criminelle à l’encontre des deux prévenues.
Il a également demandé qu’à l’issue de leur peine, elles soient interdites de séjour sur le territoire guinéen pendant dix ans, ainsi que la confiscation des biens saisis lors de leur arrestation.
La défense, assurée par Maître Mamadi Doumbouya, a plaidé la clémence. L’avocat a insisté sur le fait que ses clientes sont détenues depuis près de deux ans et qu’elles n’ont pas revu leurs enfants durant toute cette période.
Il a souligné leur reconnaissance des faits et leur absence d’antécédents judiciaires.À l’issue des plaidoiries, le tribunal a renvoyé l’affaire au mois d’avril 2026 pour le délibéré.
En attendant le verdict, le sort d’Aminata Mansarey et de Jeanette Koumba N’Gegba reste suspendu à la décision des juges.
Derrière ce dossier de trafic transfrontalier de stupéfiants se dessine aussi la réalité sociale de deux mères qui affirment avoir misé sur un raccourci dangereux, aujourd’hui lourd de conséquences judiciaires.

Alseny Philip Denkè Condé,Mory Faraba Dioumessi et Jeanette Traoré pour le www.Gbaikandjamana.org




