Kankan, capitale de la Haute-Guinée. Chaque année, la cité de Nabaya connaît une métamorphose particulière. Les rues changent de visage, les tambours prennent le pouvoir, les boubous deviennent les véritables stars du moment et même le soleil semble ralentir sa course pour profiter du spectacle. Bienvenue à la Mamaya, cette institution culturelle qui fait battre le cœur de Kankan et vibrer toute la Guinée.

Dès les premières heures de la journée, une effervescence inhabituelle s’empare de la ville. Les tailleurs peuvent enfin contempler leur chef-d’œuvre en mouvement : des boubous majestueux, parfois si éclatants qu’ils rivalisent avec les enseignes lumineuses des grandes métropoles. Quant aux parfumeurs, ils semblent avoir remporté leur propre concours tant les senteurs se mêlent harmonieusement à l’air festif.
Mais la véritable vedette demeure la danse.
Au rythme des percussions et des mélodies traditionnelles, les danseurs exécutent avec élégance les pas de la Mamaya. Les plus expérimentés évoluent avec une aisance déconcertante tandis que certains novices tentent courageusement de suivre la cadence. À les observer, on comprend rapidement que la Mamaya est à la fois une danse, un art et parfois même une séance de sport dont personne ne parle officiellement.
Cette année encore, la fête a été marquée par la participation remarquée du Président de la République de Guinée, Son Excellence Mamadi DOUMBOUYA. Sa présence a suscité l’enthousiasme des populations venues nombreuses prendre part à cet événement devenu un symbole national de cohésion sociale et de valorisation du patrimoine culturel.
Au-delà de son caractère festif, la Mamaya connaît depuis quelques années une évolution remarquable : celle de l’ouverture aux autres cultures du pays. Jadis fortement ancrée dans son identité mandingue, elle s’est progressivement transformée en un espace de dialogue culturel où toutes les régions de la Guinée trouvent désormais leur place.
Ainsi, les sonorités et les expressions artistiques de la Basse-Guinée, de la Guinée Forestière et de la Moyenne-Guinée ont successivement enrichi cette grande célébration populaire. Une diversité qui fait aujourd’hui la force et la singularité de la Mamaya.
Et comme la culture n’aime pas les frontières lorsqu’il s’agit de fraternité, l’édition 2026 a franchi une nouvelle étape avec la participation de la ville d’Odienné, en Côte d’Ivoire, pays frère et voisin historique de la Guinée.
Les délégations ivoiriennes ont apporté leurs rythmes, leurs couleurs et leur enthousiasme dans une ambiance où personne ne cherchait à savoir qui dansait le mieux. L’essentiel était ailleurs : célébrer ensemble ce qui rapproche les peuples.
Sur la place de la fête, les générations se croisent et se complètent. Les anciens racontent les Mamaya d’autrefois. Les jeunes immortalisent celles d’aujourd’hui sur leurs téléphones. Entre les récits de mémoire et les vidéos en direct sur les réseaux sociaux, la tradition réussit l’exploit de dialoguer avec la modernité sans perdre son âme.
Ici, la culture n’est pas enfermée dans les musées. Elle marche, elle chante, elle rit et surtout, elle danse.
À certains moments, l’on pourrait croire que Kankan devient la capitale mondiale de la convivialité. Les inconnus se saluent, les visiteurs sont accueillis comme des membres de la famille et les appareils photo travaillent parfois davantage que leurs propriétaires.
Car la Mamaya n’est pas seulement une manifestation culturelle. Elle est une leçon de vivre-ensemble. Elle rappelle qu’un peuple qui célèbre sa culture célèbre aussi sa mémoire, son identité et son avenir.
Lorsque les derniers tambours s’estompent et que les danseurs regagnent leurs quartiers, une évidence demeure : la Mamaya continue d’être l’un des plus beaux ambassadeurs de la Guinée, un patrimoine vivant capable de réunir les générations, les régions et désormais les peuples voisins autour d’une même passion pour la culture.
Comme le dit un vieux sage de Nabaya :
« Quand la Mamaya commence, chacun vient avec son identité, mais tout le monde repart avec un peu plus de fraternité. »
BN: La Mamaya a été initiée par les guides religieux (karamoko) de l’islam à kankan, c’est l’une des raisons au niveau de la danse où les hommes et les femmes ne se rencontrent pas de face pour danser… il y a une liturgie à respecter comme dans la mosquée 🕌 chacun a sa place. Comme on aime à le dire en Côte d’Ivoire dans le jargon urbain des voyous : << on est ensemble mais on est pas mélangé >>
Vocabulaire Nouchi
Christophe Bourlaye YARADOUNO
Auteur de manuscrits et acteur de l’inculturation pour le vivre-ensemble.
Né à Kankan, grandi à Kankan, témoin privilégié d’une culture qui danse avec son histoire et ouvre ses bras à l’avenir.





