La multiplication des interventions chirurgicales dans des cliniques et cabinets de soins non habilités à Kankan suscite une vive inquiétude au sein du corps médical et de la population.
Ce phénomène, souvent lié à l’exercice illégal ou inapproprié de la médecine, serait à l’origine de plusieurs décès enregistrés ces derniers mois.
Le cas le plus récent est celui de dame Mariame Condé, âgée de 35 ans, décédée lors d’une intervention chirurgicale dans un cabinet de soins dénommé Oumar Sangaré, situé au quartier Missiran, dans la commune urbaine de Kankan.
Face à cette situation préoccupante, les médecins de l’Hôpital régional de Kankan ne sont pas restés de marbre.

Dr Kouyaté, médecin à l’hôpital régional, tire la sonnette d’alarme et interpelle à la fois les praticiens exerçant dans des structures clandestines et la population.
« Ce que je peux dire à la population de la Haute-Guinée, c’est qu’aujourd’hui, à l’Hôpital régional de Kankan, il existe de nombreux médecins formés pour réaliser des interventions chirurgicales. Nous avons des spécialistes en chirurgie générale, en traumatologie, en urologie, ainsi qu’à la maternité. Toutes ces compétences sont disponibles à l’hôpital régional de Kankan », explique-t-il.
Selon le médecin, le problème réside dans la confusion entretenue entre professionnels qualifiés et praticiens insuffisamment formés.
« Dans certaines cliniques, même si les personnes ont suivi une formation médicale, celle-ci ne dépasse parfois pas trois ans. Après avoir passé quelque temps auprès d’un médecin dans un bloc opératoire, certains ouvrent immédiatement leur propre clinique et commencent à pratiquer des opérations pour lesquelles ils ne sont pas qualifiés », déplore Dr Kouyaté.
Il invite la population à faire preuve de discernement :
« Il faut que les gens arrivent à faire la différence entre un médecin formé dans les règles de l’art et un praticien clandestin. Dès qu’il s’agit d’une intervention chirurgicale, il faut se rendre à l’hôpital régional afin de bénéficier de soins adéquats. »
Le médecin souligne également les conséquences dramatiques de ces pratiques :
« Quand ces cliniques clandestines commencent une opération et que la situation se complique, les patients sont évacués en urgence vers l’hôpital régional. À ce moment-là, leur état est souvent extrêmement grave, ce qui rend notre travail encore plus difficile. »
Dr Kouyaté rappelle que chaque professionnel de santé doit exercer dans les limites de ses compétences :
« Exercer un métier pour lequel on n’a pas été formé revient à mettre en danger la vie des patients. La conséquence, c’est souvent la fermeture de la clinique et la fuite de son propriétaire. »
Il insiste également sur la nécessité de bien comprendre les qualifications médicales :
« Porter une blouse ne signifie pas être médecin. Il existe plusieurs catégories de personnel de santé : ATS, infirmiers d’État, médecins généralistes, etc. Pour se spécialiser en chirurgie, il faut au moins cinq années d’études supplémentaires, en Guinée ou à l’étranger. »
Revenant sur les cas récents de décès, le médecin précise :
« Ces patients ont été opérés par des personnes non compétentes. Ce n’est qu’après de graves complications qu’ils ont été évacués à l’hôpital régional. Pour l’un d’eux, nous pensions même qu’il ne passerait pas la nuit. Malgré nos efforts, la plupart de ces patients arrivent dans un état critique. »
Il dénonce enfin certaines pratiques frauduleuses :
« Il arrive que ces praticiens clandestins concluent des accords avec les familles pour que leur nom ne soit pas cité à l’hôpital. Aujourd’hui, les personnes impliquées dans ces opérations mortelles sont injoignables, leurs numéros ne passent même plus. »
Reste désormais à savoir si ces conseils et mises en garde seront entendus par ceux qui continuent de se faire passer pour médecins dans certaines cliniques et cabinets de soins de la ville.

Lamarana Barry
www.gbaikandjamana.org



