Dans de nombreux villages de la région de Kankan, l’accès à l’eau potable repose presque exclusivement sur des forages équipés de pompes manuelles. Ici, le robinet public reste une réalité lointaine.

Lorsqu’une pompe tombe en panne, c’est toute l’organisation quotidienne qui vacille : les femmes parcourent de longues distances, les enfants manquent l’école et les risques sanitaires augmentent. Dans ces moments critiques, un acteur discret devient essentiel : l’artisan réparateur.
Mais derrière ce maillon central du service public de l’eau se cache un système fragile, confronté à l’irrégularité des financements communautaires et, surtout, à une crise persistante des pièces détachées.

À Tintin-Oulen, Nounkè Sangaré exerce ce métier depuis près de trente ans. Formé en 1996, il appartient à la première génération d’artisans déployés dans les zones rurales à la fin des années 1990 pour assurer la maintenance des pompes après l’installation des forages.
À l’époque, les réparateurs bénéficiaient d’un encadrement structuré et de moyens logistiques, notamment des bicyclettes pour rejoindre les villages. Leur mission était claire : intervenir rapidement dès qu’un dysfonctionnement apparaissait.
Aujourd’hui encore, leur rôle reste déterminant. Débris bloquant le mécanisme, usure des pièces, pannes techniques complexes : sans leur expertise, les installations cessent rapidement de fonctionner, privant les communautés d’un accès direct à l’eau potable.
Le fonctionnement des forages repose sur un système de cotisations locales, supervisé par les communes à travers les Unités de Gestion du Service Public de l’Eau (UGSPE). Ces structures sont chargées de collecter les contributions financières et d’organiser l’entretien des ouvrages.
En théorie, chaque secteur alimente un fonds destiné à anticiper les réparations. Dans la pratique, les contributions restent irrégulières. Les contraintes économiques des ménages et certaines difficultés de gouvernance locale retardent la mobilisation des fonds, ce qui prolonge les pannes et dégrade davantage les équipements.

Selon Amandine Seize, responsable du programme Eau, Hygiène et Assainissement de l’ONG Inter Aide dans la zone de Kankan, les obstacles se situent à plusieurs niveaux.
D’abord, les artisans eux-mêmes évoluent dans un statut précaire, avec des moyens limités et une organisation variable selon les localités.
Ensuite, les UGSPE peinent parfois à appliquer efficacement le principe de cotisation, souvent basé sur le volume d’eau puisé.
Enfin — et surtout — l’accès aux pièces détachées constitue aujourd’hui le principal point de tension.
Autrefois, l’approvisionnement bénéficiait de circuits soutenus par des partenaires internationaux, avec des relais agréés pour la distribution. Ce système s’est progressivement affaibli.

Désormais, les pièces proviennent principalement de fournisseurs basés à Kindia ou à Conakry. Les délais sont longs, lesi cc
. Huuuu ni de icoûts ont fortement augmenté et la qualité n’est pas toujours garantie.
Depuis 2023, les difficultés se sont accentuées, notamment pour les pompes à pied de marq monue Vergnet, très répandues en milieu rural.
Les retards d’acheminement, parfois liés à des blocages portuaires, ralentissent les réparations.ooloo Parallèlement, la circulation de pièces contrefaites ou d’occasion compromet la durabilité des interventions.
Pour les populations, ces contraintes se traduisent par des semaines — parfois des mois — sans accès fiable à l’eau potable.
Une alternative locale encore marginalisée
Face à cette situation, des initiatives nationales émergent.
À Labé, l’entreprise FAPEL Guinée affirme produire localement des pompes et des pièces adaptées aux réalités du terrain et disposer de capacités techniques reconnues à l’international.
Cependant, elle ne figure pas encore parmi les fournisseurs officiellement agréés par les autorités nationales, aux côtés des fabricants historiques européens.
Cette absence de reconnaissance institutionnelle limite son intégration dans les circuits publics et freine son développement à grande échelle.
La direction régionale du SNAPE rappelle que les artisans réparateurs sont sélectionnés au niveau communautaire puis formés pour assurer l’entretien des pompes à motricité humaine.
Mais certaines installations ont aujourd’hui plus de vingt-cinq ans. Certaines marques sont devenues obsolètes, compliquant davantage .
La question du renouvellement progressif du parc hydraulique devient donc incontournable.
Par ailleurs, des problèmes de transparence dans la gestion des fonds communautaires ont parfois entamé la confiance des populations, rendant la mobilisation des ressources encore plus difficile.
Un équilibre fragile
Dans les villages de la région de Kankan, les artisans réparateurs restent la clé de voûte du système.
Leur efficacité dépend toutefois d’un écosystème complet : disponibilité des pièces, organisation communautaire fiable, régulation des fournisseurs et accompagnement institutionnel.
Sans ces conditions, même les investissements les plus importants risquent de perdre leur utilité, contraignant les populations à revenir vers des sources d’eau non protégées, avec des conséquences sanitaires majeures.
Au-delà des forages et des pompes, la véritable question est celle de la durabilité du service public de l’eau en milieu rural. Car dans ces villages, lorsque la pompe s’arrête, ce n’est pas seulement l’eau qui cesse de couler — c’est tout un équilibre social, sanitaire et économique qui se fissure.

Le Gbaikandjamna Média.
La Rédaction



