À Tomba Kansan, dans la préfecture de Siguiri, l’école primaire Franco-Arabe ressemble désormais davantage à un bâtiment abandonné qu’à un lieu d’apprentissage.

Construite en 1989 grâce aux efforts de la communauté, cette école publique se trouve aujourd’hui dans un état de dégradation extrêmement avancé, au point où enseignants, parents d’élèves et responsables craignent un effondrement imminent.
Sur les murs fissurés de l’établissement, le danger est visible à l’œil nu. De profondes crevasses traversent les façades du bâtiment, certaines allant du toit jusqu’aux fondations. Les murs en banco s’effritent progressivement sous l’effet du temps et des intempéries, tandis que la toiture semble reposer sur une structure déjà fragilisée. Chaque salle de classe donne l’impression de tenir debout par habitude plus que par solidité.
Malgré cette situation critique, les élèves continuent d’y étudier chaque jour, faute d’alternative.
Le directeur de l’établissement avait déjà lancé plusieurs alertes restées sans suite. Cette fois, c’est au tour des membres de l’Association des Parents d’Élèves et Amis de l’École (APAEE) de briser le silence.

Aly Bérété, membre de l’APAEE, décrit une situation devenue insoutenable :
« Nous parlons aujourd’hui parce que nous n’avons plus le choix. Quand des visiteurs arrivent dans cette école, nous avons honte de les accueillir tellement le bâtiment est dans un état critique. Les parents prennent en charge presque tout : le logement des enseignants, leur nourriture et d’autres dépenses. Nous sommes épuisés. »

Selon lui, les difficultés dépassent largement le simple problème des infrastructures. Les parents d’élèves versent 20 000 francs guinéens par mois et par enfant pour soutenir le fonctionnement de l’école, mais les contributions restent insuffisantes pour faire face aux besoins.

Plus inquiétant encore, certains enseignants contractuels recrutés cette année auraient refusé de prendre fonction après avoir découvert l’état des salles de classe.
« Ils disent qu’entrer dans ce bâtiment est un risque trop grand. Pourtant, nos enfants continuent d’y étudier malgré le danger, parce que nous n’avons aucun autre local », explique-t-il.
À l’approche de l’hivernage, l’angoisse grandit au sein de la communauté éducative. Les habitants craignent que les fortes pluies aggravent davantage les fissures déjà visibles sur les murs.
Pendant ce temps, les appels adressés aux autorités locales et administratives restent sans réponse concrète. Entre responsabilités renvoyées d’un service à un autre et absence d’intervention urgente, l’école continue de se détériorer sous les regards.
Une ironie difficile à ignorer : dans un pays où l’éducation est régulièrement présentée comme une priorité nationale, certains enfants continuent d’apprendre avec, au-dessus de leur tête, des murs qui pourraient céder avant même la fin de l’année scolaire.
À Tomba Kansan, les cahiers sont ouverts, les cours continuent, mais chaque journée de classe ressemble désormais à un pari contre le temps.
Et si rien n’est fait rapidement, cette école pourrait bientôt ne laisser derrière elle que des ruines… et des regrets.

De retour de Toumba Kansa Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org



